Heureusement, pour certaines choses, on peut compter sur ses amis…
Par Matsya

A en croire certains sondages, il y aurait des millions de femmes qui seraient prêtes à vendre leurs mômes et leurs reins pour avoir la chance de se réveiller en compagnie de Dick Richardson. Moi, c’est précisément ce qui m’est arrivé ce matin vers huit heures, et, pour tout vous avouer, j’ai détesté.

Imaginez la scène : un bruit me réveille, j’entrouvre l’oeil, et le voilà, debout devant mon lit défait, avec moi au milieu. Lui porte un pantalon blanc très chic avec un petit pull en coton Ralph Lauren, style je vais jouer au golf. Moi, je suis pas coiffée, pas maquillée, j’ai la bouche pâteuse de la cuite d’hier, et je m’aperçois que j’ai enfilé ma nuisette avec l’étiquette et les coutures à l’extérieur. JAMAIS aucun être humain ne me voit comme ça. Interdit. Le principe de base de Matsya, c’est que quiconque pose le regard sur moi doit avoir l’absolue certitude que je suis née avec mon brushing et ma French manucure.

Comment il a fait pour entrer chez moi et arriver jusque dans ma chambre, alors que je vis dans la forteresse la mieux gardée de tout Bel Air ? Mystère et boule de gomme. Le gardien n’est censé laisser passer personne sans rendez-vous, pas même mon père (ou bien, oserais-je dire, surtout pas mon père). Pénétrer sans passer par l’entrée est impossible, à moins de s’appeler Ethan Hunt. Et, quel que soit le point par où il est entré, il a dû croiser sur son chemin mes jardiniers, ma cuisinière et au moins une ou deux femmes de ménage.

Toujours est-il qu’il est là, me scrutant d’un air amusé.

Vite, la tête sous l’oreiller. Comme ça, si c’est un rêve je me rendormirai et tout sera oublié dans quelques heures. Et si ce n’est pas un rêve, ça l’empêchera au moins de voir ma trogne, que j’imagine assez proche de celle d’un cocker sortant d’un sèche-linge.

Je soulève quand même un coin d’oreiller, juste pour voir. Argh, ce traître a ouvert les stores, il y a plein de lumière toxique qui rentre dans ma chambre. Cette subite irruption solaire est également pour moi l’occasion de mesurer à quel point j’ai mal au crâne : très.

- Dick, rassure-moi, je n’étais pas assez shootée hier soir pour avoir passé la nuit avec toi sans même m’en souvenir ?

- Matsya, je te rassure tout de suite : si tu avais passé la nuit avec moi, tu ne l’aurais pas oublié si vite…

- Espèce de vantard, va ! Bon, si tu n’es pas venu pour la bagatelle, je peux te demander ce que tu fais là ?

- Oh, pas grand chose. Je passais dans le coin, je me suis dit que ça te ferait plaisir si je t’apportais le journal.

Il me tend son iPad :

Après quatre séjours à Wonderland et deux ans à jouer les filles sages avec ses Lego de l’espace, on pensait notre #Matsya débarrassée de ses pires démons. A un moment, on aurait presque cru qu’elle allait devenir boring. Heureusement, nous nous trompions.

Pas plus tard qu’hier soir, elle a mis sens dessus-dessous le Sayers Club en dansant sur les tables (non sans renverser les verres des convives) ou en s’incrustant sur scène pour pousser la chansonnette avec les groupes qui se produisaient ce soir-là. Selon certains témoins sur place, notre chanteuse devenue apprentie astronaute était, sans conteste aucun, sous l’influence de stupéfiants.

Mais attendez, ne ratez pas le meilleur : initialement arrivée avec ses vieilles amies les soeurs #Kardashian, Matsya a passé son temps à papillonner de table en table, incapable de s’empêcher de jouer à frotti-frotta avec tout ce que la soirée comptait de garçons et de filles un peu sexy.

A un moment, elle serait allée jusqu’à jeter son dévolu sur un jeune gars musclé et tatoué, et aurait hurlé à qui voulait bien l’entendre qu’elle mourait d’envie « d’aller le s**** au petit coin ». Apparemment, il y a eu des jaloux, car une rixe a suivi peu après.

Matsya peut dire merci à Kim Kardashian, qui lui a envoyé son garde du corps pour l’extraire de la mêlée, juste avant que la police ne vienne embarquer tout le monde. Le garde du corps a fini la nuit au poste, mais pas notre chère diva…

Et vous voulez savoir le truc vraiment marrant ? C’est que la personne qui a balancé toute cette histoire au monde entier n’est autre que la diva Kim elle-même, sur son fil Twitter ! Et voyez donc en quels termes :

OMG, QUE J’AI EU PEUR !!! @Matsya a vraiment besoin d’aide – #bagarre @thesayersclub

Heureusement, pour certaines choses, on peut toujours compter sur ses amis…

- Tu ne devrais pas croire tout ce que tu lis dans la presse à scandales.

- Tu as raison : si l’expérience m’a appris une chose à propos de toi, c’est bien qu’il ne faut jamais prendre pour argent comptant ce que disent les journaux à ton propos. Si on veut avoir une chance d’approcher la vérité, il faut tout multiplier par dix.

- OK, chéri, imaginons que tout ce que raconte ce dégénéré soit vrai, ou même que la vérité soit quinze fois pire : qu’est-ce qui te dit que j’en aurais quelque chose à carrer ? Tu sais, j’ai passé ma vie à me faire espionner et juger par ce genre d’olibrius. Et à la limite, je devrais même les remercier, parce que c’est à eux que je dois une bonne partie de ma célébrité. A quoi bon les décevoir ? Faire des petits happenings comme celui-ci, ça a été ma marque de fabrique pendant bien longtemps. Il faut ça pour marquer les esprits, sinon les gens t’oublient. Et puis franchement, c’était tellement drôle. T’aurais dû voir la tête de sa copine quand j’ai dit au mec que…

- Matsya, je ne suis pas certain que tu comprennes. Ne penses-tu pas que nous aurions quelque intérêt à nous faire discrets et à adopter une attitude décente, compte tenu des menaces qui pèsent actuellement sur notre projet et sur nous-mêmes ?

- Notre projet ? Mais quel projet ? Hé ho, reviens sur Terre, mon pote ! Mars | Semi | Direct, c’est mort. M-O-R-T.

Il soupire et fait quelques pas. Il écarte les lames des stores et regarde dehors. Long silence. Je continue :

- Dora ? Morte. Larissa ? Morte. Nous deux ? Question de temps avant qu’on soit en taule. Allez, mon Dick, fais comme moi, paie-toi un peu de bon temps avant que les Fédéraux ne débarquent chez toi pour te passer les menottes…

Il ne dit toujours rien, ce qui m’énerve quatre fois plus. A mon avis, il est très affecté par ces disparitions, celle de Dora tout particulièrement, dont il était très proche. Cela doit le choquer que je parle de choses aussi tragiques avec autant de détachement.

Vous qui me lisez, vous savez à quel point ça me rend malheureuse d’avoir, peut-être, la mort de mes deux amies sur la conscience. Peut-être attendait-il que je le lui dise. Je suis sûre qu’il me prend pour une femme dure et froide.

- Dick, je t’en prie, ne crois surtout pas que je m’en fiche. Au contraire, tu n’imagines pas à quel point ça me mine de penser à elles, et je sais que tu ressens la même chose. Je me rends bien compte que ce que je fais, c’est de la fuite en avant. Mon psy n’arrête pas de me le seriner. Mais à moi, c’est ma seule manière de me sentir encore un peu vivante après ce qui s’est passé. Tu me comprends, pas vrai ?

Pas de commentaire. Il change de sujet.

- Il doit y avoir moyen de faire quelque chose. Je suis sûr que Vladimir peut nous aider à trouver une solution…

Il se moque éperdument de ce que je suis en train de lui dire, ce qui a le don de me mettre hors de moi. Essayons la provoc.

- Ah, le sempiternel Vladimir ! Effectivement, il te doit une fière chandelle, ton Vladimir : grâce à l’explosion de ta fusée, il a réussi à se débarrasser de sa pire ennemie. Sauf qu’il ne te sert plus à rien, maintenant qu’il a perdu son pas de tir de Baikonour…

Il réagit enfin et me jette, d’un air incrédule :

- Sous-entendrais-tu que lui ou moi pourrions être à l’origine de l’explosion ?

- Poutine, très certainement. Toi, je ne te vois pas casser volontairement ton plus beau joujou, mais qui sait ce que tu pourrais faire par « amitié » pour ton cher Vladimir ?

- Matsya, regarde-moi bien dans les yeux. Est-ce que tu crois vraiment à ce que tu dis ?

Regard torve, las et injecté de sang de la Matsya qui a dormi trois heures. Il poursuit :

- Non, tu n’y crois pas vraiment. De toute façon, ton mobile ne tient pas la route, ni pour moi, ni pour Vladimir. Lui comme moi avons énormément perdu dans cette explosion.

- Alors, si ce n’est ni toi, ni Poutine, tu penses que c’est qui ?

- Matsya, ne crois-tu donc pas du tout qu’il puisse tout simplement s’agir d’un accident, et non d’un complot ?

- Pas une seconde. Trop de choses qui collent pas. Genre, on nous parle d’un problème sur le deuxième étage, et puis finalement c’est le troisième qui pète. Déjà, rien que ça c’est louche. Mais surtout, le truc, c’est que le troisième étage, c’était MarsNeedsAHome. Et MarsNeedsAHome, c’était une tente-igloo martienne, pas une tête nucléaire. La seule matière explosive qu’il y avait dans le troisième étage, c’était le carburant pour corriger la trajectoire pendant le vol et à amortir la chute…

- … ce qui fait tout de même un peu plus de 450 kg de matière inflammable, plus tout plein d’oxygène ! Matsya, tu dois te rendre à l’évidence : certes, il est possible que quelqu’un ait intentionnellement fait exploser cette fusée. Cependant, il serait insensé à ce stade de l’enquête d’exclure la thèse de l’accident. Tu sais, c’est le genre de chose qui arrive, parfois !

- Ecoute, Dick, c’est mon intuition qui me le dit, et mon intuition ne me trompe jamais. Moi je dis : c’est les Tchétchènes.
Il me regarde comme si ce que je venais de dire était totalement débile.

- Ah bon, si c’est ton intuition qui le dit, alors je ne peux pas rivaliser… De toute façon, pour moi, l’important n’est pas de savoir qui l’a fait, mais de savoir comment nous allons faire pour nous extraire de cette ornière.

- Dick, bon sang, mais réveille-toi ! MarsNeedsAHome : pouf, désintégré ! Le seul double qu’on en a, c’est le truc en carton-pâte qu’on montre aux touristes. Où est-ce que tu voudrais qu’on trouve les deux milliards qu’il faudra pour le reconstruire ?

- Alors ça y est ?

- Quoi, ça y est ?

- Toi, Matsya, tu lâches l’affaire ?

- Mais je lâche pas l’affaire, ça n’a rien à voir. Je te demande juste d’être un peu réaliste. Tu crois que ça se bouscule au portillon pour nous filer de la thune, maintenant que deux personnes sont peut-être mortes à cause de nos conneries ?

Rage impuissante de mon côté, grand calme de celui de Dick.

- Matsya, très chère, on n’a jamais signé pour que ce soit facile. Il y a longtemps, j’avais lu une interview de toi où tu disais quelque chose qui m’avait totalement conquis : « les chances d’une personne pour réussir à envoyer un vaisseau pour Mars sont infimes, mais elles ne peuvent de toute façon pas être plus faibles que celles qu’elle a de percer dans la chanson ». J’ai vraiment du mal à croire que la femme qui a dit ça est la même que celle que j’ai en face de moi maintenant…

Je cherche mes arguments. J’ai besoin d’un café. J’ai besoin d’une douche. Et, plus que tout, je veux mettre fin à cette discussion insupportable, qui est la dernière chose dont j’avais envie, là, maintenant, au saut du lit. Mon téléphone vibre. Le prétexte rêvé pour une trêve de quelques secondes. SMS d’un numéro inconnu.

To: Matsya

Dick a raison : il ne faut pas abandonner. Pour MarsNeedsAHome, j’ai une bonne solution à te proposer. Rendez-vous à l’accueil visiteurs à San José ce soir à minuit. Viens seule. L. »

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3 Responses to “Heureusement, pour certaines choses, on peut compter sur ses amis…”

  1. Commentaire by catastrophy — février 9, 2012 @ 12:56

    Matsya,
    Quelle chance il a eut de vous rencontrer ce beauf mordoférique !

  2. Commentaire by catastrophy — février 9, 2012 @ 12:57

    Aussi, je serai très heureux d’entendre votre musique ! une adresse ?

  3. Commentaire by Matsya — février 14, 2012 @ 5:39

    @Catastrophy : oh, comme tu y vas fort ! Beauf, je veux bien, en un sens (quoique la Reine d’Angleterre elle-même l’ait gratifié du statut de Lord… bon, ok, elle a fait la même chose pour Paul Mc Cartney, donc on va dire que ça ne compte pas).

    Mais mordorifère, alors là, franchement, je te trouve dur !

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