Golden Shower
Par Matsya

avion de Vladimir Poutine - interieur

Le majordome nous fait entrer dans l’avion de Vladimir Poutine et nous escorte jusqu’à son bureau.

- Étrange, murmure Dick. D’habitude, il me reçoit toujours dans le salon privé.

- J’avais jamais vu la déco intérieure. C’est… doré.

Mazette, que ce style est chargé ! De la ronce de noyer sur les tables, les meubles, les murs… et partout, partout, partout, de l’or. Les pieds des tables sont en or. Les bordures des tables sont en or. Les cendriers aux sièges sont en or. Les lavabos des toilettes sont en or. Même les boucles des ceintures de sécurité sont en or. On peut se dire que c’est culturel, que c’est la fameuse « âme russe » qui veut ça. N’empêche, même à Dubaï ou à Miami, ça passerait pour du mauvais goût. J’espère pour lui que c’est du plaqué et pas du massif, autrement ça doit pas être évident de le faire décoller, ce zingue… Au moment où on entre dans le bureau, il est au téléphone. D’un signe de la tête – ou plutôt des yeux, il nous fait signe de nous asseoir. Je ne sais pas sur quoi porte sa conversation, ni même avec qui il parle, mais le style est sec et monosyllabique, à base de da, niet, niet, da. A peine le téléphone raccroché, il quitte son attitude raide, et son visage s’ouvre. Il claque des doigts. Immédiatement, le majordome nous sert à chacun un shot de Stolichnaya.

- Mes amis, trinquons à ce moment historique. La Russie est fière d’apporter son aide à des initiatives internationales à fort potentiel comme Mars | Semi | Direct. A Mars, et à nos nations respectives ! Vashe zdrovie !

Il boit cul sec. Dick boit cul sec, en tentant de réprimer une grimace. Je trempe mes lèvres, ça me brûle. Je cherche du regard s’il n’y aurait pas une plante verte à proximité pour me débarrasser discrètement du fond de mon verre. Trop tard, le majordome nous ressert…

- Mars | Semi | Direct est très important pour moi, et très important pour mon pays. Or, vous n’êtes pas sans savoir que votre projet compte un certain nombre d’ennemis, y compris sur le sol américain.

- Ouaip. On a une grosse épine dans le pied, qui s’appelle Randy St John. Tu le connais ?

- Très bien. Je ne l’ai rencontré qu’une fois, mais je connais tout de lui. Je sais où il dîne, où il habite, qui sont ses maîtresses, quels sont ses rendez-vous, quelles sont ses petites faiblesses, ses petits vices… Ou tout du moins, je le savais, jusqu’à ce que, sous l’influence néfaste d’un élément extérieur, l’agent que j’avais missionné pour surveiller notre ami commun disparaisse sans laisser de nouvelles.

Dick monte au créneau :

- Vladimir, j’apprécie que tu te préoccupes du bien de notre mission. De plus, en tant que sujet britannique je n’ai probablement de leçon de morale à donner à personne en matière d’écoutes illicites. Cependant, penses-tu qu’il soit réellement nécessaire de recourir à de telles méthodes pour faire entendre notre cause ? Nous sommes l’avenir, et cet homme appartient au passé. Prouvons-le avec des mots, plutôt que de nous mettre dans l’illégalité !

- Ah, Dick, j’ai toujours apprécié ton côté pur et idéaliste. C’est tellement éloigné de la mentalité de notre vieille Russie. Pour moi, ça a un côté presque exotique. Savais-tu que ton associée Matsya est très différente de toi sur ce point ? Elle, elle adore les histoires d’espions. N’est-ce pas Matsya ?

Ça sent le roussi. Je ne sais pas exactement où il veut en venir, mais je sens qu’on entre sur un terrain glissant, là. Restons calme, jouons les ingénues, et surtout flattons-le. Avec les hommes, c’est souvent la bonne tactique…

- Mon cher Vladimir, c’est à croire que tu lis dans mes pensées ! Je suis une immense fan d’espionnage.

- Voilà, je le savais ! Toutes les femmes aiment secrètement les histoires d’espions. Regardez donc…

Partout dans la pièce, des photos de lui en train de faire du judo, de conduire des gros 4×4, de faire des discours publics… toutes, bien évidemment, dans des cadres en or. Il en décroche une et nous la tend. Un vieux cliché noir et blanc de lui, jeune, en uniforme.

- Voilà à quoi je ressemblais au début de ma carrière, quand je travaillais dans les services secrets. Ah, c’étaient de belles années. Les femmes adoraient ça, de savoir que j’étais un espion. Vous ne pouvez pas savoir à quel point ça les excitait, que j’aie tant de choses à cacher. Ça stimulait leur imagination… Allons, Matsya, tu n’as pas envie de jouer les espionnes pour moi ? Tu pourrais m’aider à retrouver mon agent manquant…

Je sens qu’il en vient au fait. Il me teste. Continuons à bluffer.

- Vlad, tu es sérieux ? J’ai toujours rêvé de jouer le rôle de Mata-Hari. (Je fais style j’ai un flingue et je shoote des cibles imaginaires – en gardant l’air le plus cruche que je peux). Mais quand même, ce ne serait vraiment pas raisonnable. D’ailleurs, je ne sais même pas qui est cette personne.

Il me regarde avec un petit sourire en coin.

- Aucune importance : tu n’auras qu’à suivre les instructions que te donneront mes services. Facile. Très facile. Tu sais pourquoi ? Tout simplement parce que, au moment où je te parle, mes agents sont sur le point de mettre la main, non pas sur l’agent qui a disparu, mais sur le cerveau du complot. Il se trouve en effet que, par un heureux hasard, cette seconde personne arrive à cet instant même à Baikonour sans se douter que nous l’attendons. Elle est persuadée qu’il y a une intervention d’urgence à effectuer sur le deuxième étage de la fusée. Et elle nous révélera toutes les informations nécessaires, si nous parvenons à l’intercepter vivante. Peut-être, dans le cas de cette personne-là, vois-tu de qui je parle ?

Je me sens pâlir et perdre ma contenance. Ce fumier est encore pire que je ne l’imaginais. Si j’avais un flingue, je lui pointerais sur l’entrejambe, et je lui laisserais le choix entre faire dégager ses soldats et dire au revoir à sa virilité. Sauf que je ne suis pas en situation de force, et m’énerver après lui ne ferait qu’empirer les choses. Évitons la confrontation pour l’instant. Peut-être me reste-t-il une chance de le convaincre…

- Larissa n’est pas dans le coup, je te le promets.

A la mention du nom de Larissa, Dick ouvre grand les yeux, puis se ressaisit à la vitesse de l’éclair. Apprendre que Larissa était toujours vivante a dû le mettre dans un état proche de l’arrêt cardiaque, mais, une microseconde après, plus rien n’en paraît. A croire qu’ils apprennent ça dès l’école primaire, en Angleterre… Je continue :

- OK, Vladimir, j’admets. Toi et moi, on s’est tous les deux fait berner par ta greluche, et, crois-moi, je serai la première à me porter volontaire pour t’aider à la retrouver. Si j’ai l’occasion, je lui planterais même bien volontiers mon talon de stiletto entre les deux yeux, à celle-là. Mais, de grâce, je te le demande, laisse Larissa en dehors de tout cela ! Quelle preuve as-tu qu’elle ait manigancé quoi que ce soit ?

- Parole d’ancien du KGB, j’ai toutes les preuves dont j’ai besoin pour avoir la certitude qu’il me faut agir sans attendre…

[Comprenez : je n'ai besoin d'aucune preuve].

- Elle pourra nous aider à retrouver ton agent, j’en suis sûre, fais-moi confiance !

- Mais ça, j’en suis certain : elle nous aidera…

[En d'autres termes : on va la torturer jusqu'à ce qu'elle avoue, et ensuite on se débarrassera d'elle].

- Non. Pas si tu envoies tes sbires. Tu sais très bien qu’elle préférera se faire tuer plutôt que de se livrer à toi.

- C’est son choix, pas le mien.

[Traduction : je te prends vraiment pour une conne. Là, je m'énerve pour de vrai].

- Arrête donc de me parler de choix. Je suis même certaine que tu as donné l’ordre de l’abattre à vue ! La vérité, c’est que tu t’en contrefiches, de récupérer ta poule de luxe. Pour toi, cette histoire n’est rien d’autre qu’un bon prétexte pour te débarrasser de Larissa une bonne fois pour toutes. Mais franchement, quel danger est-ce qu’elle représente pour toi, au juste ? Tu crois quoi, qu’elle veut se venger ? Qu’elle irait pleurnicher à la presse en racontant les misères que le méchant Poutine lui a fait du temps de l’Union Soviétique ? Que dalle ! Ce qu’elle veut faire aujourd’hui, c’est juste apporter sa pierre au projet Mars | Semi | Direct. C’est juste… vivre enfin un minuscule bout du rêve que tu lui as retiré il y a vingt-cinq ans, par pure jalousie de petit coq immature. D’ailleurs, tu sais ce que c’est, la différence entre toi et elle ? C’est qu’entre-temps elle a grandi, et toi pas.

Dick s’interpose avant que j’en vienne aux mains.

- Vladimir, j’ai une question très importante à te poser. En tant qu’ami fidèle, puis-je te faire confiance pour y répondre honnêtement ?

- Demande, on verra.

- Les hommes que tu as déployés aujourd’hui pour faire… ce dont Matsya et toi discutiez à l’instant, en as-tu dépêché près de la fusée ?

- Il se pourrait effectivement que j’en aie, entre autres, posté à proximité immédiate du pas de tir. Pourquoi me poses-tu cette question ?

- Dora est là-bas. Il faut la prévenir immédiatement, sinon elle pourrait se retrouver prise dans la fusillade.

Dick prend son iPhone et essaie de l’appeler au moins trois ou quatre fois. Vu la tête qu’il fait, il doit tomber sur sa boîte vocale. En désespoir de cause, il lui envoie un SMS. Coup de fil à Adam : lui non plus n’a pas revu Dora depuis qu’elle est partie.

C’est ma chance : je profite de ce moment d’inattention de Poutine pour tenter de sauver Larissa, en l’imitant dans l’un des trucs les plus spectaculaires qu’elle sache faire : envoyer des messages sans sortir son téléphone de sa poche. C’est la première fois que je tente le coup. On va essayer avec le Blackberry, ce sera plus facile qu’avec l’iPhone.

From: Matsya

To: Larissa

VA PAS FUSEE PIEGE PUTIN

Poutine me regarde et rit. Il a très bien compris ce que j’étais en train de faire. Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace…

- Un grand merci à toi, Matsya ! Si la personne à qui tu viens d’envoyer ce message a eu l’imprudence de laisser son téléphone allumé, le signal qu’elle recevra de ta part va nous aider à la repérer. Sur ce, il faut que je donne congé : le lancement est dans une heure, et j’ai bon nombre de choses importantes à régler dans l’intervalle. A tout à l’heure.

Nous voilà à la porte du bureau. Je reste les bras ballants. Je me sens totalement perdue. J’ai envie de buter Poutine, mais surtout je m’en veux à moi. Et si, à cause de mes sottises, Larissa se faisait tuer ? Peut-être est-elle d’ailleurs déjà morte maintenant…

vladimir poutine jeune

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4 Responses to “Golden Shower”

  1. Commentaire by Fredrick Delung — août 10, 2011 @ 4:15

    Il est lisible de remarquer que vous avez des connaissances sur le sujet. Vous le discutez avec pas mal de pertinence. Votre approche du sujet est facile à parcourir. Votre contenu est raisonnée. Félicitations et merci encore.

  2. Commentaire by Matsya — août 30, 2011 @ 3:17

    (du spam, encore du spam… si j’en prends un à cliquer sur ce lien c’est la fessée !!!)

  3. Commentaire by Loki — septembre 27, 2011 @ 6:02

    On n’aime plus les compliments ?
    Mais effectivement, en voyant le nom du lien, j’ai ri.

  4. Commentaire by Matsya — septembre 27, 2011 @ 9:38

    @Loki > Ose cliquer dessus. Ose donc, ne serait-ce que pour voir, petit coquinou…

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