Étendue sur le dos au beau milieu d’un capharnaüm d’oreillers et de draps multicolores, je laisse aller mon corps au rythme de ces délicieuses petites secousses, répliques miniatures du véritable séisme que Larissa vient de provoquer en moi. Elle me caresse les cheveux. Dans son regard, cette petite étincelle qui me nargue sur l’air de « tu vois, je t’ai encore vaincue ».
C’est vrai qu’elle m’a bien eue, la garce. Et que moi, comme souvent, je me suis laissée faire comme une petite égoïste que je suis. Mais que voulez-vous, Larissa est une experte. Elle sait tout ce que j’aime. Mieux que n’importe qui avant elle. Mieux que moi-même, parfois.
Quand je la vois avec son tank top et sa culotte en coton, je ne peux pas m’empêcher de penser à Sigourney Weaver dans Alien. Mais quand même, Larissa est très différente : même si je suis la première à reconnaître que Sig est sublime, les courbes de Larissa, sa jolie chute de reins, son allure, dégagent résolument quelque chose de beaucoup plus féminin.
C’est ça qui me scotche chez elle : elle est capable de tuer un homme à mains nues, mais elle est mince comme une libellule. Elle aime les femmes, elle a un tempérament hyper dominateur, mais malgré ça elle n’a rien d’une butch (je n’ai rien contre les butch, c’est juste qu’elles ne sont pas vraiment mon genre, mais je m’égare…).
D’ailleurs, au fait, quand je dis que Larissa aime les femmes, ça me fait penser qu’il faut absolument que je vous parle de la conversation que j’ai eue avec elle tout à l’heure. C’était au sujet de ce qui me préoccupe en ce moment : mon cher ami Randy St John, et la manière dont je m’arrache les cheveux pour trouver un moyen le coincer. Je n’aurais jamais dû lui en parler. Je vous retranscris de mémoire ce qu’on s’est dit, pour que vous puissiez juger par vous-mêmes :
- Mon but, c’est de le pousser à la faute en le surprenant avec une maîtresse. Mais là où je galère, c’est que les agences d’escort de Washington ne nous proposent que des minettes de 23 ans. S’il voit arriver une nana comme ça, ça va sonner complètement faux. Il se doutera direct qu’il y a anguille sous roche.
- Sans compter le fait que dissimuler efficacement une caméra, et amener une personne à se dévoiler au bon endroit au bon moment, sont des opérations beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord. Parole d’ancienne du KGB, je ne connais pas les escort girls dont tu parles, et je n’ai aucune raison de supposer qu’elles soient stupides, mais je doute qu’elles soient formées pour faire ça correctement.
- En fait, la perle rare que j’aimerais trouver, ce n’est surtout pas une espèce de mannequin Victoria’s Secret qui sent à trois kilomètres le cadeau Bonux offert par le lobby des cultivateurs de patates du Minnesota. Ce serait une nana plus mûre. Une fille qui lui sortirait le grand jeu, genre tu es l’homme que j’ai toujours voulu rencontrer, bla bla. Comme ça, vlan, il tombe amoureux. Il ne se doute de rien, il croit que c’est la femme de sa vie, il la voit trois fois par semaine en cachette de sa femme et de ses gardes du corps. Nous, on récolte plein de photos, et l’affaire est dans le sac. Le gros problème, c’est qu’il faut qu’elle soit bigrement intelligente, la donzelle ! Qu’elle ait de la conversation. Qu’elle ait la carrure pour manipuler un mec qui a fait Yale, et qui a lui-même passé sa vie à manipuler les autres. Va dénicher ça à quatre fuseaux horaires de distance !
- Ne perds plus ton temps à chercher, je sais exactement qui pourrait faire l’affaire.
- Sans rire ? Je ne te savais pas connaisseuse en la matière. Décidément, je te découvre des talents tous les jours, Larissa… Alors, qui est-ce ?
- Moi.
- Je n’y pensais pas, mais c’est vrai que…
- Tu sais très bien que j’ai tout ce qu’il faut pour y arriver.
- Je l’avoue à mon corps défendant : tu as tout ce qu’il faut, là où il faut, beauté…
- Attention, j’ai une exigence, cependant : il faut impérativement que je me rende à Washington DC dès cette semaine.
- Mais Larissa, notre échéance c’est les élections sénatoriales, et ce n’est pas avant trois mois ! Entretemps, on a deux fusées à lancer, on va toutes les deux avoir du travail par-dessus la tête. On aura déjà bien de la chance si on arrive à dormir deux heures par nuit. C’est rigoureusement impossible, je ne peux pas te laisser partir.
- C’est non-négociable.
- Alors je trouverai quelqu’un d’autre !
- Trop tard, tu m’en as déjà trop dit. Que tu le veuilles ou non, je prendrai mes billets dès demain.
- Larissa, je ne comprends pas. Pourquoi donc maintenant, et pas dans trois semaines, après le lancement ?
- J’ai mes raisons.
A l’heure où je vous écris, Larissa doit être en route pour DC. Je croise les doigts pour qu’elle réussisse, mais à l’instant précis où elle m’a dit ça, je m’en suis voulu à mort d’avoir précipité sans le vouloir la personne que j’aime dans les bras de quelqu’un d’autre. Mais Larissa est opiniâtre. Je savais que je ne pouvais plus faire machine arrière. Il ne me restait donc plus qu’une seule chose à faire : profiter de mes derniers moments avec elle. La suite, vous la connaissez…

C’est vous qui l’avez dit…