Isolement (jour 8) – Oscars et confidences
Par Matsya

oscar

Samedi – 11:45 pm

Peut-être suis-je en train de me fourvoyer, mais j’ai bien l’impression que Dora commence à s’attacher à moi. Je vous livre un petit extrait de la tirade qu’elle vient de me faire alors que nous étions toutes les deux de garde. Petit bonus surprise : au passage, elle révèle les vraies raisons qui l’ont poussée à quitter la NASA. Hé bien vous savez quoi ? J’aurais presque pu trouver ça touchant, si je ne m’étais pas juré de lui faire la peau…

- Tu m’as fait rire hier quand on a fait la dégustation d’eau recyclée. Je suis sûre que tu aurais pu tourner dans des films comiques, également.

- Je suis flattée, mais tu exagères, ma chérie ! Je ne me fais pas trop d’illusions sur les raisons qui poussent tant de réalisateurs à me proposer des premiers rôles…

- Oh, moi je sais : c’est parce qu’à chaque fois que tu les acceptes, le succès est assuré pour eux. D’après mes calculs, tes films ont remporté en moyenne 1.8 Oscars chacun. Qui plus est, quand tu es à l’affiche, ce sont à chaque fois des milliers d’articles de presse qui sortent. Moi, à ce tarif-là, je comprends que tu sois aussi demandée par les producteurs…

- Tu as tout compris : en réalité, c’est pour l’argent qu’ils me font les yeux doux !

- … et puis tu sais quoi, Matsya ? Tu as une personnalité étonnante. Je t’admire beaucoup. Même si tu es exactement tout le contraire de ce qu’on nous apprenait à être à la NASA.

- Ah bon ? Et que t’apprenaient-ils donc à la NASA ? A ne pas avoir l’air blonde ?

- A avoir l’air invincible. Du matin jusqu’au soir, nous devions être en totale maîtrise, ou, tout au moins, faire croire que nous l’étions. Y compris lorsque nous ne contrôlions plus rien. Ça devenait tellement ridicule, par moments ! Moi, par exemple, je m’étais tordu la cheville à l’entraînement. C’était horriblement douloureux, et je souffrais le martyr à chaque fois que je posais le pied par terre. Mais hors de question d’en parler au médecin : ma blessure serait mentionnée sur mon dossier, et cela risquait de me disqualifier pour la plupart des missions à venir. Or, j’étais classée première de ma promo, et j’aurais préféré rôtir en enfer plutôt que de gâcher ma chance. Alors, comme une petite idiote ambitieuse que j’étais, je n’ai rien dit à personne, pas même à Maman.

- Oh, ma pauvre, ça a dû être un véritable calvaire de vivre en gardant tout ça pour toi.

- C’était surtout de l’orgueil mal placé. Et, crois-moi, j’ai fini par le payer au prix fort. Trois semaines et demie après ma blessure, j’ai rechuté sur la même cheville lors d’un exercice d’évacuation. Diagnostic du médecin : double fracture avec déplacement. Pour m’en remettre, il m’a fallu six mois de rééducation et deux ans de psychanalyse.

Il faut que je vous fasse un aveu : à ce moment-là, j’ai ressenti une vraie compassion pour elle. Elle m’a totalement prise au dépourvu.

- Je ne m’en serais jamais douté. Tu as pourtant l’air si solide et si sûre de toi…

- … oui, mais toi, tu es complètement différente. Et en un sens, cela te rend plus forte. Tu es entière. Quand tu te sens en difficulté, tu n’hésites pas à le dire. Tu n’as pas de scrupule à demander de l’aide. A l’arrivée, c’est ça qui fait de toi une bonne astronaute. Nous, tes coéquipiers, nous savons que tu ne chercheras pas à nous dissimuler tes erreurs si jamais tu venais à en commettre.

- Des erreurs ? Moi ? Comment ça ?

- Tu sais, si ma courte expérience à la NASA m’a appris une chose, c’est bien celle-ci : tous les astronautes, même ceux qu’on croit infaillibles, finissent tôt ou tard par commettre des impairs. Or, le collègue de valeur, dans ces moments-là, ce n’est pas celui qui met la poussière sous le tapis en prenant des airs supérieurs. C’est au contraire celui qui a le courage de signaler le problème aux autres, de manière que celui-ci puisse être résolu rapidement et en équipe.

- Ne dis pas de sottises, j’ai tout à apprendre sur la vie dans l’espace !

- Matsya, il faut que je te le dise : non seulement tu représentes pour moi un nouveau départ, et une nouvelle chance d’accomplir mon rêve, mais surtout tu m’as ouvert les yeux sur le métier d’astronaute. Le vrai, pas celui qu’on apprend à la NASA.

Et là, on s’est tombées dans les bras l’une de l’autre. Instant de complicité et d’émotion partagée. Dommage que ce soit pour de faux.

Car il y a le plan. Ne ramollissons surtout pas maintenant : elle me mange presque dans la main. Elle a totalement mordu à l’hameçon. Ça, ou alors Dora Rawlings est une excellente comédienne. Pour le coup, cela ne serait pas moi qui mériterais un Oscar, mais elle… Restons donc sur nos gardes : peut-être cherche-t-elle à me mener en bateau, elle aussi. Malgré cela, je garde tout de même l’intime conviction que c’est moi qui suis en passe de remporter la partie. Et ça, c’est encore plus jouissif que de se faire une nouvelle amie.

Un monstre, moi ? Oh, comme vous y allez…

3 Responses to “Isolement (jour 8) – Oscars et confidences”

  1. Commentaire par foxxy1 — mars 19, 2010 @ 4:30
    Hi Matsya, je vois que tu ne laisses rien passer et cela te ressemble vraiment. Ne te laisse pas embobiner par cette comédienne, elle pourra faire ce qu’elle veut, elle n’arrivera jamais à la moitié de ta cheville.

    J’espère que tu vas bien !
    fox

  2. Commentaire par Matsya — mars 19, 2010 @ 7:12
    Foxxy > J’ai quand même limite mauvaise conscience, vu qu’elle a l’air d’avoir vraiment changé d’avis me concernant, mais bon, on n’est pas au pays des Bisounours, hein… Et puis tu verras mon plan : si je veux que Larissa revienne dans le jeu, j’aurai obligatoirement besoin d’un fusible.

    Sinon, à part ça, je vais bien. Bon, je bois de la flotte saveur javel / jus de chaussettes (je t’(en dirai plus bientôt à ce sujet), mais je finirais presque opar m’y habituer.

    Bises et à bientôt, rusé Renard…

  3. Commentaire par catastrophy — mars 24, 2010 @ 5:21
    ah! quelles fines stratèges ces quilles..
    bon!, vivement le grand amour en apesenteur….
    cordialement,

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