Isolement (jour 5) – Ceci est un post ennuyeux
Par Matsya

Mercredi – 5:45 pm

Il ne s’est strictement rien passé dans le Module aujourd’hui. Pas une alerte. Pas une mission. Je me demande ce qu’ils vont bien pouvoir trouver d’intéressant à se mettre sous la dent pour l’émission quotidienne de six heures.

Avec un peu de chance, peut-être ont-ils réussi à dénicher dans un autre Module une histoire d’amour torride (ou une histoire de cul sordide) qui réussira à émoustiller le public. Je l’espère pour eux, parce que, si tous les Modules sont comme le nôtre, on va finir, comme le fait remarquer Dick, par atteindre des scores négatifs à l’audimat…

Jugez donc : ce matin, après ma séance de sport quotidienne, je me suis surprise à avoir une conversation de près de vingt minutes avec Curt sur un sujet totalement sans intérêt : les plantes du vaisseau.

- Ah, celle-ci nous fait des bourgeons, regarde.

- Et le blé, tu crois qu’il va réussir à pousser avec aussi peu de lumière ?

- J’aurais encore envie de les arroser, mais je sais qu’il ne faut pas…

Bref, l’éclate, quoi. On vit comme des étudiants dans un dortoir, avec la drogue et l’alcool en moins.  On joue au poker ou à Guitar Hero. On fait du mini-golf.

Si au moins on était en apesanteur, on pourrait faire joujou avec des balles rebondissantes et des gouttes d’eau, comme le font les vrais astronautes. Mais même pas.

D’ailleurs, puisque j’ai un peu de temps, j’en profite pour vous dire un truc important : dans le vaisseau qui nous emmènera vers Mars, la gravité sera artificiellement recréée. Comment cela est-il possible ? En faisant tourner l’habitacle autour d’un poids mort à l’aide d’un filin. La force centrifuge qui résultera de cette rotation permettra de reproduire l’équivalent de la pesanteur martienne, soit un tiers environ de celle de la Terre. Les seuls moments où nous connaîtrons une véritable situation de « gravité zéro » seront ceux où nous serons en orbite, autour de la Terre et autour de Mars. Le reste du temps, ce sera Gravité 33%. On ne pourra pas faire des cabrioles, certes. Mais au moins, quand on renversera le ketchup, on n’aura pas besoin d’essuyer le plafond.

Je sais que certains d’entre vous seront un peu déçus d’apprendre cela. Une mission spatiale sans apesanteur, c’est comme un resto français où les serveurs seraient sympa : c’est louche et ça fait fake. En réalité, cependant, cette trouvaille de la pesanteur artificielle (que je dois à mon sémillant ami Bob Zubrin) représente un très grand progrès pour la conquête spatiale. En effet, l’apesanteur est extrêmement néfaste pour le corps humain. Elle provoque une perte de masse musculaire que même une pratique sportive assidue ne peut compenser. Et à terme, elle entraîne une décalcification des os. Sans compter que, pour faire tenir un brushing, ce n’est pas très pratique non plus.

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