
Nous voici arrivés à une partie de la compétition que le public va adorer, et que les apprentis-astronautes vont très certainement détester : l’épreuve d’isolement.
Principe : les concurrents sont répartis en huit équipes de quatre, puis enfermés pendant 10 jours dans un Module répliquant fidèlement l’intérieur du vaisseau spatial. Ils seront soumis à ce que le Pr. Sergueiev appelle des « stimuli ». But : permettre aux psychologues de Mars | Semi | Direct d’établir le profil psychologique de chacun en fonction de ses réactions et de son comportement.
Des « stimuli », c’est quoi exactement ? Venant de Sergueiev, ça peut vouloir dire à peu près n’importe quoi. Simulation d’incident technique ? Possible. Simulation de pénurie d’oxygène ? Possible. Lâcher d’aliens enragés dans le vaisseau ? Possible. Concours de karaoke ? Possible aussi. Seule limite : l’imagination tordue du Professeur.
Les concurrents savent parfaitement à quoi s’attendre. D’où les sourires crispés de beaucoup et les tronches de cocker des autres.
Samedi – 10:02 am
Les équipes sont désignées. Mes coéquipiers : Scott Guido, Dora Rawlings et Curtis Groff.
J’aurais espéré Adam, mais je n’ai pas eu cette chance.
Scott et Curt m’ont fait l’effet de gentils garçons jusqu’à maintenant. Concernant Dora, en revanche, j’ai toujours eu un peu plus de de mal. Peut-être que ça vient de son côté Häagen-Dasz : 100% parfaite, 100% glaciale. J’y peux rien, elle m’énerve, avec ces airs de « je sors de la NASA et je vous méprise tous, bande d’amateurs ». Mais il va falloir que je travaille sur moi-même pour essayer de faire avec. C’est le jeu. Comme le dit sagement Sergueiev, « vos coéquipiers sont vos meilleurs amis… et s’ils ne le sont pas, il vous appartient de faire en sorte qu’ils le deviennent ».
En y réfléchissant, il faut tout de même relativiser : c’est moi qui ai le rôle le plus facile, dans toute cette histoire. En effet, vu que je monterai dans le vaisseau quoi qu’il arrive, mes petits camarades ont la pression pour montrer à tout prix qu’ils s’entendent bien avec moi. Moi, ma seule obligation, c’est de me prouver à moi-même que je suis suffisamment compatible avec des êtres humains pour vivre avec eux pendant 10 jours sans les étriper (bien que, me connaissant, ce soit loin d’être gagné d’avance).
Au moins une bonne chose, en tout cas : Dick n’est pas dans mon groupe. Il a une affaire urgente à régler à New York, et rejoindra une équipe dès demain. Oui, je sais, je sais, je sais : je fais la politique de l’autruche. Il va bien falloir que j’apprenne à vivre avec lui, si nous devons un jour partir pour Mars. Mais pour l’instant, c’est… trop dur.
Samedi – 5:10 pm
Entrée des équipes dans les Modules, sous un déluge de flashes et d’acclamations. Bravant l’interdiction d’apporter des objets personnels, j’entre avec ma guitare folk. Le public me réclame une chanson. Je leur fais une reprise acoustique (presque) improvisée de Walking on the Moon, de Police. Ca leur fera au moins un truc à montrer pendant le prime si cette première journée se révèle sans intérêt…
Samedi – 5:31 pm
Décidément, ils n’ont pas tardé. Lumière rouge clignotante dans tout le Module, alarme stridente : un des panneaux solaires s’est détaché. Préposé à la réparation d’urgence sur simulateur : Scott.
Si jamais Scott manque sa manoeuvre, les conséquences seront très ennuyeuses pour tout le monde. Non pas à cause de la perte supposée du panneau solaire (il ne s’agit que d’un exercice sur simulateur), mais parce que lui-même et le reste de l’équipe subiront un malus sur leur note en cas d’échec.
L’air constipé, les mains moites, il s’installe au simulateur sous les regards anxieux de l’équipe.
Samedi – 7:11 pm
Scott est évacué du Module sur une civière. Selon les actus du soir, ses jours ne seraient pas en danger, mais il aurait été « très fortement sonné suite à un choc électrique particulièrement intense ».
Pourtant, j’ai vérifié après coup, le défibrillateur que j’ai utilisé pour me défendre contre lui était réglé sur puissance minimum. Moi je voulais juste le calmer, c’est tout !
Il était devenu totalement incontrôlable. Il me hurlait dessus à 5 centimètres de mon visage en me traitant d’idiote, en disant qu’il n’aurait jamais loupé sa manoeuvre si je n’avais pas été derrière lui en train de chanter avec ma « putain de guitare ». Alors moi, j’ai pris peur, que voulez-vous ? Je me suis sentie menacée. Et tout ce que j’avais à portée de main, c’était ce défibrillateur.
C’était ma guitare préférée. Ce salaud de Scott me l’a mise en miettes. Bien fait pour lui. Tiens, d’ailleurs, je me demande bien qui ils vont nommer pour le remplacer… Ooops : vous avez pensé à la même chose que moi ?
[...] Au début de la mission, avec ce qui est arrivé à Scott, je te détestais. Je te détestais vraiment. J’ai pensé et dit des choses horribles sur [...]