MarsNeedsHeroes (jour 13) – Hommage aux immigrants clandestins
Par Matsya

matsya se cachant derrière son petit doigt

Samedi – 2:39 am

Larissa et moi sommes blotties l’une contre l’autre au fond d’un conteneur, nichées au beau milieu des caisses de marchandise dans un emplacement habituellement réservé aux immigrants clandestins. On se tient les mains pour se rassurer. On va peut-être se faire pincer cette nuit, on en est toutes les deux conscientes. Alors, quitte à se trouver séparées à jamais, autant s’offrir un dernier moment de tendresse…

Oops, il se passe quelque chose dehors. Ce n’est pas prudent de bouger, mais c’est plus fort que moi : il faut que j’aille voir.

A travers un trou de rouille, j’entrevois ce qui se passe sur le pont.

Sept personnes débarquent de la vedette rapide de la douane canadienne. Cinq garde-côte, dix soldats et deux civils. L’une des deux personnes en civil tient son visage soigneusement dissimulé sous sa capuche, mais pas l’autre. Et je connais cette tête. C’est Dick Richardson.

- On a enlevé Matsya, dit-il en s’adressant au capitaine de notre navire. Nous sommes extrêmement inquiets pour elle. La mafia russe est soupçonnée d’être mêlée à cet enlèvement. Un hélicoptère a été aperçu partant dans la direction de votre bâtiment. Nous avons un mandat pour fouiller votre bateau, et nous sommes armés. C’est pourquoi je vous demande de nous dire la vérité dès maintenant : Matsya se trouve-t-elle sur ce bateau, oui ou non ?

Il a l’air épuisé et tendu. Je n’ai qu’une envie : sortir de ma cachette et lui dire que je vais bien, que Larissa n’est pas coupable et que nous pouvons reprendre l’entraînement comme au bon vieux temps. Mais Larissa me retient de le faire, et elle a bien raison. Car sortir, ce serait nous livrer toutes les deux à la police. Avec un vol, une évasion et une accusation d’enlèvement à son passif, Larissa en prendrait pour des années, si ce n’est des décennies. Quant à moi, complice de ses méfaits, je ne pourrais plus m’en sortir avec une juste une tape sur la main, cette fois-là.

- Non, monsieur, répond le Capitaine Bayode. Ce bateau transporte exclusivement des marchandises.

- J’espère pour vous que vous dites vrai, car vous risquez très gros dans le cas contraire. Mesdames et messieurs, vous pouvez vous mettre au travail.

Apparemment, c’est la personne dont on ne voit pas le visage qui donne les ordres. Là où elle pointe le doigt, immédiatement plusieurs douaniers vont inspecter. Dick lui parle à plusieurs reprises, avec pour toute réponse un oui ou un non de la tête.

La fouille démarre. Les garde-côte sont rompus à l’exercice. Ils disposent d’un équipement remarquablement sophistiqué : stéthoscopes, détecteurs de chaleur et tutti quanti.

A un moment, ils vont jusqu’à entrer dans notre conteneur et braquent presque leurs torches sur nous. Ne pas respirer trop fort. Se tenir à l’affût du moindre bruit. Prier pour qu’ils ne nous trouvent pas. Mais heureusement, notre planque a été pensée par de vrais professionnels du trafic d’humains, et nous sommes trop bien cachées pour qu’ils nous découvrent.

Je me sens prise d’une soudaine admiration pour tous les clandos de la Terre. Vraiment, ces gens-là doivent avoir être bien courageux (et totalement désespérés) pour supporter pendant des semaines ces conditions, et vivre avec une telle trouille au ventre…

Après plus de deux heures de recherche intensive (et une demi-douzaine de crises cardiaques de mon côté), les douaniers se décident à partir.

Soufflez, inspirez. C’est fini. Je serre encore plus fort la main de Larissa dans mes paumes moites.

Mais il faut quand même que je vous raconte la petite surprise que j’ai à ce moment-là. A l’instant où tout le groupe tourne les talons, le deuxième individu en civil se démasque enfin. C’est une femme. Je vois sa face pendant une seconde à peine. Manifestement, cette sale gueule a pris des coups. Une face ronde, tuméfiée, couverte de sutures, les yeux verts perçants, la bouche méchante. Et ces cheveux roux qui ne trompent pas. Aucun doute possible, c’est bien elle. Cette salope de Bogdana.

Holy crap.

Si Dick est de mèche avec elle, cela signifie qu’il est dans le camp de Vladimir Poutine.

Maintenant, tout s’éclaire. En effet, c’est par l’entremise de Vladimir Poutine que j’ai fait connaissance avec Dick. Et c’est la boîte de prod de Dick qui dirige les épreuves de sélection de MarsNeedsHeroes. Ce qui pourrait tout à fait expliquer l’épreuve truquée qui a failli coûter la disqualification à Larissa.

Sur ce coup-là, le loup est vraiment dans la bergerie. Dick est mon partenaire. Il a investi deux milliards de dollars dans l’expédition, ce qui lui donne droit de regard dans toutes les décisions concernant Mars | Semi | Direct. En plus de cela, il a une place réservée dans le vaisseau, avec moi. Surtout, je le croyais mon ami. On a vécu de vrais moments de complicité ensemble. Il va falloir m’habituer à ce que cela ne soit plus le cas, et je crois bien que ce sera ça le plus dur.

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One Response to “MarsNeedsHeroes (jour 13) – Hommage aux immigrants clandestins”

  1. Commentaire by Mitch — décembre 16, 2011 @ 1:15

    You’ve really imperessd me with that answer!

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