MarsNeedsHeroes (jour 13) – Nataliya et le camarade Poutine
Par Matsya

Le mâle en action

Samedi – 2:12 am

- Tu refuses de me dire quoi que ce soit à propos de ton passé, mais tes petits amis du KGB, eux, connaissent tout. Il faut s’être foutue sur la gueule avec toi combien de fois pour que tu finisses par la cracher, ta Valda ?

- Si tu veux vraiment qu’on en vienne aux mains, fais-toi plaisir, frappe la première !

Cela aurait pu être un délicieux moment d’intimité entre Larissa et moi, le premier ou presque depuis le début de MarsNeedsHeroes. Au lieu de ça, depuis à peine deux heures que l’hélico nous a déposées sur ce porte-conteneur, je passe mon temps à vomir, et je suis d’une humeur de pitbull. Dehors, c’est la tempête. Dans notre petite cabine crasseuse, c’est à peine mieux.

- Ecoute, j’ai beau être blonde, je sais tenir un secret. Alors s’il te plaît, fais-moi un peu confiance et dis-moi donc enfin pourquoi toutes ces barbouses te collent aux basques. Tu me dois bien ça, quand même !

- Matsya, combien de fois faudra-t-il que je te le répète : savoir ce genre de choses, c’est risquer ta vie ainsi que toute ton expédition sur Mars. Tu n’as pas idée de ce dont il est capable. Ce que tu as vu n’était qu’un avertissement.

Mon ventre est encore secoué de spasmes, même si cela fait un bail qu’il n’a plus rien à éjecter. Si je continue à ce rythme-là, je ressemblerai à Nicole Richie quand on arrivera à Seattle…

- Larissa, je crois en toi. Je suis intimement convaincue que tu es la meilleure co-équipère possible pour Mars | Semi | Direct. Pour t’avoir avec moi sur cette mission, je suis prête à prendre de gros risques. Y compris celui de mentir à Vladimir Poutine. Mais mets-toi un peu à ma place : si tu t’obstines à tout me cacher de toi, y compris des histoires qui remontent à Mathusalem, comment puis-je croire une seule seconde que tu me considères comme une vraie partenaire, et non comme un simple moyen d’accomplir ton ambition de devenir astronaute ?

- Mon histoire n’a rien de bien compliqué : blesse un homme dans son petit orgueil de mâle, et il te le fera payer aussi cher que son petit pouvoir le lui permettra. S’il est ouvrier à l’usine, tu t’en tireras peut-être avec un oeil au beurre noir. Mais s’il se trouve que l’homme en question tient à sa botte une nation de 142 millions de personnes, les conséquences peuvent être légèrement plus fâcheuses…

- Dois-je en déduire que tu as eu une liaison avec Vladimir Poutine ?

- C’est ce que lui aurait bien voulu, mais j’ai toujours refusé. A l’époque, j’avais 23 ans, je m’appelais Nataliya, et je travaillais au KGB sous le commandement direct du camarade Poutine. Je passais mes journées à endurer ce que vous les Américains d’aujourd’hui vous appeleriez du « harcèlement sexuel », mais je tenais bon car j’avais devant moi une prometteuse carrière dans les services secrets. Cependant, lorsque Poutine a vu que ses avances ne le menaient nulle part, il m’a convoquée pour me faire savoir que tout était fini pour moi et qu’il allait faire son possible pour me briser professionnellement.

- Et c’est depuis ce jour-là qu’il te poursuit ?

- Pas exactement. A la sortie de cet entretien, j’étais totalement déboussolée et je ne savais pas trop quoi faire. Alors, faute de mieux, le lendemain matin, je suis retournée au travail comme si de rien n’était. Mais au bureau, une surprise m’attendait : un télégramme m’informant que j’avais été sélectionnée pour faire partie des sept cosmonautes qui embarqueraient dans la toute nouvelle navette Bourane. J’étais folle de joie, mais, par crainte de représailles du camarade Poutine, qui avait lui aussi présenté sa candidature pour faire partie de l’équipage de Bourane, je me suis bien gardée d’en parler à qui que ce soit, sauf à Tatyana, ma confidente et seule amie à l’époque. J’ai démissionné sans regret de mon emploi au KGB, et j’ai rejoint secrètement le centre d’entraînement de la Cité des Etoiles, près de Moscou, sous la supervision du Professeur Sergueiev. Les trois années d’apprentissage qui suivirent furent les plus heureuses de toute ma vie. Je travaillais dur – tu connais Sergueiev -, mais je m’épanouissais comme jamais. J’avais enfin trouvé ma place. J’étais jeune, j’étais photogénique, et, en tant que fille d’ouvrier et pur produit de la méritocratie communiste, j’étais la candidate idéale pour porter jusque dans l’espace les couleurs de l’Union Soviétique.

- Je rêverais de voir des photos de l’époque ! Tu devais être d’une beauté… Mais alors, au final, qu’est-ce qui a foiré ?

- J’écrivais fréquemment des lettres à Tatyana où je lui racontais comment se déroulait mon entraînement, comment ma vie avait pris un nouveau départ… Ce que j’ignorais, c’est qu’entretemps Tatyana et Poutine étaient devenus amants. Elle ne m’en a jamais pipé mot. Ensemble, patiemment, ils ont monté de toutes pièces un dossier m’accusant de revendre les secrets du programme spatial soviétique aux puissances ennemies. A une semaine du décollage de la navette, la veille du jour où le nom des cosmonautes devait être rendu public, le dossier est arrivé sur le bureau du Premier Secrétaire. A ce moment, mes compagnons et moi-même étions en route pour le Cosmodrôme de Baikonour. Lorsque j’ai vu tous ces soldats sur le tarmac, je me suis tout de suite doutée qu’il ne s’agissait pas d’une haie d’honneur, mais d’une délégation venue me chercher pour m’expédier au goulag. Alors j’ai fui en utilisant les moyens que j’avais à ma disposition. J’ai disparu dans la campagne kazakhe. Je suis devenue Larissa Melnikovskaia. J’ai fait de mon mieux pour me faire oublier… jusqu’à ce que mon chemin croise le tien. Je te laisse imaginer l’effet que cela a du produire sur Vladimir Poutine lorsqu’il a vu ma tête dans les journaux. J’espérais secrètement qu’il ne me reconnaisse pas, mais manifestement c’est le cas. Et, de toute évidence, sa rancune n’a rien perdu avec les années.

- Je crois que je commence à comprendre pourquoi il t’est devenu si difficile d’accorder ta confiance…

J’aurais bien volontiers sorti les violons pour dire à Larissa à quel point son histoire m’avait touchée, mais on frappe à la porte de notre cabine pour nous signaler une visite imminente des garde-côte canadiens. Il faut vite aller nous planquer dans le conteneur prévu à cet effet (d’habitude il sert à planquer des travailleurs clandestins nigérians). J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop, mais je vous laisse, hein… Bises !

J'aime qu'on me laisse des commentaires (ou des compliments)

3 Responses to “MarsNeedsHeroes (jour 13) – Nataliya et le camarade Poutine”

  1. Ping by Bloguer ou ne pas bloguer » Vaquer à Vaccarès — juin 25, 2009 @ 9:50

    [...] et vous : Your Name is heading to Mars ! Mon Certificat. Au fait : elle en est où Matsya ? [...]

  2. Commentaire by Slave 4U — juillet 10, 2009 @ 9:38

    Les pectoraux bien gras et la canne à peche en guise de symbole phallique, ça c’est de la photo !

  3. Commentaire by Loki — juillet 21, 2010 @ 1:39

    En même temps, ça c’est de l’homme tout court (j’ai pas dit qu’il était court comme homme!)

Laisser un commentaire