
Au Québec, m’a-t-on dit, le plat national s’appelle la poutine. D’après les descriptions qu’on m’en a faites, ce serait une sorte de truc hyper-gras, avec des frites, du fromage et du jus de viande (ouais, commes vous dites…).
Hé bien là, on peut le dire : je patauge jusqu’aux genoux dans la poutine.
Pourquoi Vlad Poutine veut la peau de Larissa, ça, je l’ignore totalement, et je m’en fous pas mal… Enfin non, en vrai, je ne m’en fous pas du tout, et je donnerais volontiers mon jet privé plus 300 paires de shoes pour le savoir.
Mais là maintenant, ce qui me turlupine le plus, c’est que je ne comprends pas pourquoi Vladimir, si c’est bien de lui qu’il s’agit, aurait choisi de recourir à des méthodes aussi extrêmes, alors qu’il avait à sa disposition mille autre moyens de me pousser à exclure Larissa de notre expédition martienne.
En effet, il me tient par la peau des fesses : c’est lui qui me loue la base spatiale de Baikonour à un prix défiant toute concurrence. Faire pression sur moi aurait été un jeu d’enfant. Un coup de fil, quelques menaces voilées, et le tour était joué.
Non : au lieu de cela, ce salaud préfère truquer les épreuves de sélection et envoyer ses sbires pour casser la gueule de Larissa. Pourquoi ? La souffrance des gens a-t-elle donc si peu d’importance à ses yeux ?
Et puis pourquoi me fait-il ça à moi, bordel ? Pourtant, par le passé, on a été de vrais partenaires, Vlad et moi. Jamais il n’aurait pu gagner le coeur d’Alina, sa maîtresse actuelle, si je n’avais pas provoqué la crise de jalousie qui a tout déclenché (oui, Alina me déteste toujours, et non, je n’ai jamais couché avec lui). Lui m’a bien sortie d’affaire lorsque j’ai eu maille à partir avec la mafia russe suite à une rupture calamiteuse avec un ex-petit ami (oui, il me déteste toujours, et non, je n’ai toujours pas couché avec Vlad en guise de remerciement).
En réalité, je crois qu’il ne se doute pas de ma liaison avec Larissa, et qu’il tente probablement de me cacher (pas très habilement) ses manoeuvres pour la dissuader d’embarquer avec moi pour Mars. Ou bien peut-être est-il au courant de notre relation, et considère-t-il la violence exercée à l’égard de Larissa comme un moyen de pression indirect sur moi. En tout cas, quelle que soit sa stratégie, il la mène à sa façon : sans négociation, en frappant le premier pour montrer de quoi il est capable.
Pourtant, je vais être bien obligée à faire preuve de réalisme : j’ai besoin de Vladimir. En effet, ce ne sont pas les Américains, ni les Français, et encore moins les Chinois, qui me procureront des infrastructures spatiales à un coût compatible avec mes maigres moyens. Et ce salopard le sait. Pas de Poutine, pas de Mars | Semi | Direct. Il va donc falloir que je m’habitue à l’idée que mon plus dangereux ennemi soit également mon allié le plus puissant.
Mais vous me connaissez : j’ai l’esprit de contradiction. Hors de question de me laisser intimider. Même par Vladimir Poutine. Face à lui, je vais faire comme si tout allait bien et que Larissa avait décidé subitement de quitter la sélection de MarsNeedsHeroes de son propre chef pour raisons de santé. Mais soyez certains qu’en coulisses je tenterai tout ce qui sera en mon pouvoir pour contrecarrer ses plans.
Première étape : extraire en cachette Larissa du territoire de l’Etat d’Alaska (dont elle ne doit normalement pas sortir avant son jugement), et la mettre en sécurité là où Poutine et sa bande de brigands n’iront pas la chercher.
Seconde étape : faire le ménage chez moi et dénicher les traîtres qui se cachent dans mon équipe.
On commence à naviguer en eaux troubles. C’est là que ça devient vraiment excitant…

Alina Kabaeva, la girlfriend de Vladimir Poutine
C’est vous qui l’avez dit…