
Tous ceux qui y ont été vous le diront : la prison, c’est dur.
Mais moi je ne suis pas 100% d’accord. Voici comment s’est déroulé mon séjour à la County Jail d’Anchorage :
Lundi – 2:22 pm
A notre arrivée, tout le commissariat est en ébullition. Tout le monde se presse pour nous regarder comme des bêtes curieuses. Les policiers rivalisent de petites attentions avec moi : café par-ci, donuts par-là, petite douche bien chaude dans le vestiaire des dames…
Lundi – 3:45 pm
Début de mon interrogatoire, sans nul doute plus bidon de toute l’histoire de l’Alaska. Sachant que la moitié du commissariat devait être massée de l’autre côté de la glace sans tain pour m’observer, je leur sors le grand jeu façon Basic Instinct (sans le coup de la jupe, je précise). Visiblement impressionné, l’inspecteur de police me laisse le taquiner avec une docilité frisant le masochisme, et rit à toutes mes blagues, y compris lorsqu’il en est la cible. A l’issue de vingt minutes d’entretien, il me quitte à contrecoeur en me demandant discrètement un autographe pour sa fille ainée Rosie.
Lundi – 4:28 pm
Passage devant la juge, seule personne à faire montre d’un peu de rigueur à mon égard. Elle m’administre ce que l’on appelle dans le métier une « sévère admonestation ». Cependant, après un tout petit quart d’heure à faire le dos rond et à m’excuser platement à grands renforts de « Votre Honneur », je ressors de la salle, avec pour toute condamnation vingt heures de travaux d’intérêt général. Je propose un concert au profit des victimes de l’éruption volcanique. Elle dit « nous examinerons votre proposition » (en jargon de juge, ça veut dire oui), et fixe ma caution à 15 000 $.
Lundi – 5:16 pm
Etonnement général : je refuse de payer ma caution. Non pas que je n’ai pas les 15 000 $ (c’est à peu près ce que je dépense tous les mois en fringues) : c’est parce qu’il est hors de question de sortir de cette taule alors que Larissa y est encore. Les policiers, toujours aussi prévenants, m’attribuent immédiatement pour moi toute seule une cellule fraîchement nettoyée, avec une couverture trouée mais propre. Je m’allonge et je m’endors comme un bébé après cette bien rude journée, malgré mon genou qui me fait décidément de plus en plus mal.
Mardi – 10:10 am
Bonne nouvelle : on vient m’apprendre que Larissa est libérée sous caution elle aussi. J’appelle aussitôt Dick pour qu’il vienne nous chercher.
Cependant, quand les gardiennes m’amènent à la cellule où Larissa a passé la nuit, c’est une véritable scène d’horreur que je découvre. Dans un espace strictement identique à celui dont je disposais pour moi toute seule (dix mètres carrés à peu près), c’est pas moins de neuf détenues qui sont enfermées. L’endroit empeste la pisse et le vomi. Les filles ont l’air vraiment patibulaire, surtout cette grosse rouquine avec des cheveux énormes qui me dévisage avec un regard mauvais.
Mais le vrai choc, c’est Larissa. Ma Larissa. Méconnaissable. Atrocement défigurée, du sang séché sur le visage, l’arcade ouverte. Incapable de marcher sans qu’on l’aide. Quelle est la connasse qui lui a fait ça ?
Pas besoin d’attendre longtemps pour la réponse : sitôt refermée la grille de la cellule, la grosse rousse se jette violemment sur les barreaux et aboie un truc en russe. Puis elle retourne s’asseoir en ricanant.
- Qu’est-ce qu’elle beugle, celle grosse vache ? lui demandé-je en la soutenant par le bras.
- Elle dit que nulle part je ne serai plus en sécurité maintenant, me répond-elle d’une voix à peine audible. Qu’ils me retrouveraient où que je sois.
- Qui ça, « ils » ?
- Les services secrets russes.
La suiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiite ggrrr ! Matsya, t’exagère drôlement… J’arrête pas d’me faire du mouron pour toi. No news, et tu nous fais languir ? Pourquoi elle s’est fait défoncer la gueule ta piment de Lesbos dans ce trou à rates ?
Oue pourquoi donc? Et comment ce fait il qu’elle ne se soit pas defendue? Après tout c’est une casse coup hyper entrainee!…
Elle a qu’à aller sur Mars, on verra bien si les services secrets russes viennent la faire chier là-bas…