
Après avoir successivement réchappé d’un crash en hélicoptère, affronté des froids polaires, vaincu l’abominable chèvre des montagnes, et failli rôtir sous la chaleur de la lave, on aurait tout de même pu espérer que ça allait être la fin de nos ennuis, pas vrai ? Hé bien non, ce n’était que le début.
Lisez plutôt ça :
Lundi – 1:41 pm
A notre arrivée à l’héliport de l’hôpital d’Anchorage, nous avons droit à un bien joli comité d’accueil :
- une foule d’habitants ayant bravé le froid et sauté leur pause déjeuner pour brandir des pancartes « Happy to See You Back, Matsya! »
- une armée de micros et de caméras à l’affût de nos premières révélations sur les événements de la matinée (jamais je n’aurais imaginé qu’il y avait autant de journalistes en Alaska)
- la gouverneure d’Alaska (si, si, en personne !)
- le chef de la police d’Anchorage (pourquoi lui ? Continuez, et vous verrez)
Nous descendons de l’hélico. Les flashes crépitent. Les photographes adorent me prendre en photo avec un bébé bouquetin dans les bras. J’en rajoute à fond dans le glamour. Peu importe que mon brushing laisse à désirer et que le chevreau regarde les caméras d’un air totalement ahuri : avec ça, aucun doute, on fera la une…
En moins de deux minutes, la gouverneure nous offre un véritable florilège. Pour commencer, elle se lance dans un couplet lyrique sur le courage dont nous avons dû faire preuve pour survivre dans une telle situation. Ensuite, persuadée que Larissa fait partie du corps des sauveteurs d’Alaska, elle la félicite personnellement au nom de tout le peuple de l’Etat, et, vantant à la fois son héroïsme et sa beauté, lui promet les plus hautes décorations. Enfin – clou du spectacle -, elle se tourne vers Karl, l’embrasse sur la joue (vous qui savez à quel point il déteste ce genre de contact physique non-sollicité, vous imaginez aisément ce qu’il a pu penser d’elle sur le coup) et lui dit solennellement : « j’adore ce que vous faites. Surtout votre dernier film ». Et puis elle repart aussi sec pour un autre rendez-vous. Bref, une vraie pro.
Je me ferais bien un petit bain de foule, histoire de soigner ma base de fans, mais il faut accompagner le brancard de Nathalie vers l’ambulance.
C’est là que le piège se referme sur nous.
Alors que nous nous engouffrons dans un couloir, flanqués du chef de la police, deux policiers en civil (probablement des fédéraux) nous barrent la route. Derrière nous, six officiers en uniforme. Nous sommes faits comme des rats.
- Larissa Melnikovskaia, dit le chef d’une voix mâle et impérieuse, vous êtes en état d’arrestation pour tentative de meurtre, coups et blessures, vol du matériel de l’Etat, conduite d’hélicopère sans permis et séjour illégal sur le territoire américain. Vous faites également l’objet d’un mandat d’arrêt international pour crime de haute trahison contre la République Fédérale de Russie. Veuillez nous suivre s’il vous plaît.
Tout ça pour une seule personne ? Ca fait combien de millénaires en prison, ça ? Je reste scotchée deux bonnes secondes, mais la Matsya combative et ravageuse que vous connaissez tous reprend vite le dessus :
- Dites-moi donc, Monsieur l’Officier, euh, votre Honneur, enfin, qui que vous soyez, est-ce que c’est comme ça que vous récompensez une personne qui vient de sauver la vie de plusieurs citoyens américains ?
Je m’avance vers lui d’un air menaçant, même s’il fait deux têtes de plus que moi. Dick me retient par le bras en me suppliant de rester tranquille, mais rien ne m’arrête.
- Avez-vous la moindre idée des risques qu’elle a pris pour venir nous chercher là-haut, alors que les escouades de secours avaient jeté l’éponge depuis plusieurs heures déjà ? La gouverneure d’Alaska elle-même a promis de décorer Larissa au nom du peuple, et vous, vous voulez la jeter en prison ?
- Madame, je ne fais que mon devoir. Celui pour lequel ce même peuple d’Alaska m’a élu, au même titre que Madame la Gouverneure.
- Ah, vous faites votre devoir, hein ? Hé bien faites-le jusqu’au bout, et arrêtez-moi également. Moi aussi j’ai piloté un hélico sans permis sur votre territoire. J’ai des témoins pour le prouver.
- Ce n’était pas dans mes intentions, mais si vous m’y obligez…
- Dans ce cas, arrêtez-moi, moi aussi ! s’exclame Sergueiev. Mes papiers sont faux.
- Et moi ! lance Karl dans un élan de solidarité. Vous devriez m’arrêter aussi : mes bottes Louis Vuitton sont des fausses. Puis, comme pour s’excuser : « mais elles sont mieux que les vraies ».
Allez, zou, tout le monde dans le panier à salade !
Après moult vérifications, il s’est avéré que les papiers de Sergueiev n’étaient finalement pas faux (j’apprécie quand même le geste, cela dit), et que les bottes de Karl étaient effectivement des contrefaçons… mais pas n’importe quelles contrefaçons : confectionnées sur-mesure en agneau blanc doublé cachemire par un atelier grenoblois très haut-de-gamme, désireux de proposer un prototype de bottes à la maison Vuitton, et en ayant offert la seule et unique paire à Karl après refus de ladite maison. Etrangement, le département juridique de Louis Vuitton n’a pas souhaité porter plainte. Tous deux ont été relaxés très rapidement.
Malheureusement, pour Larissa et moi, la suite de l’histoire est moins drôle. Nous, nous avons fait notre temps à la prison d’Anchorage. Et, comme vous pourrez le lire sur ce blog, c’est un séjour que ni moi, ni elle n’oublierons de sitôt…
Promis, je vous raconte ça très bientôt.
Bises à vous tous,
M.
J’ai même oublié le nom de cette « gouverneur ». Elle est toujours en poste ? La honte …
[...] : en Alaska avec Un comité d’accueil surprenant ; comment elle s’appelait cette folle-dingue, vous vous en souvenez, vous ? [...]
Je note qu’Adam n’a rien dit, il était où le champion là? hein?
Bon et on fait comment avec les mnms!
Bisettes du sud de la france!
PS: Content de revenir ici après tant de galères….
PS2:Répond à ma missive…
Foxxy > tu veux dire qu’il y a également eu des faux M&Ms ? Boudiou, y aura enquête !!! Bises du nord de l’Amérique …
PS : ta missive ? Je n’ai rien eu
Tu disais quoi de beau ?