
Je m’avance vers Larissa, furibarde, oubliant à peu près totalement qu’elle est en train de braquer un flingue sur moi.
- Toi… une ancienne du KGB ? Travaillant pour les Chinois ? Je t’ai accueillie à bras ouverts. J’ai fait jouer toutes mes relations pour t’obtenir un visa de travail. A un moment, j’ai cru que qu’on s’aimait. Et maintenant j’apprends que tu m’as dissimulé tout ça ? Larissa, je crois qu’il va falloir une longue, longue explication, parce que là, mon cerveau de blonde a un peu de mal à recoller les pièces du puzzle…
Elle s’apprête à me répondre, mais se trouve immédiatement coupée dans son élan par un cliquetis en provenance de la porte qui mène dehors. Quelqu’un cherche à rentrer dans la pièce. Elle se poste juste à côté de la porte, dans la position de celle qui s’apprête à farcir de plomb quiconque franchira le seuil.
Wayne William profite de cette nano-seconde d’inattention pour courir se planquer derrière le bar. Moi, trop déçue de voir partir en fumée ma chance de voir enfin s’éclaircir le mystère Larissa, je reste au milieu de la pièce comme une conne.
Mais pas de chance pour Larissa : le bruit de la porte n’était en réalité qu’un leurre. C’est de la fenêtre de droite que vient le vrai danger. Mehdi, mon gardien, a été suffisamment malin pour faire croire qu’il allait tenter de pénétrer par un côté, puis finalement faire irruption de l’autre. Il a utilisé sa télécommande pour débloquer le volet et la porte-fenêtre, et, alors que Larissa était occupée à écouter ce qui se passait de l’autre côté de la porte extérieure, il s’est glissé vers la fenêtre et l’a ouverte discrètement. Il est maintenant dans le dos de Larissa, et pointe son fusil à pompe sur elle.
- On ne bouge plus, rugit-il sur le ton de quelqu’un qui a vu trop de films de John Woo.
Larissa obtempère.
- Maintenant, posez votre arme lentement. Mettez les deux mains contre le mur.
Sans cesser de la menacer de son fusil, Mehdi entre dans le salon.
- Il va falloir la fouiller pour s’assurer qu’elle ne cache pas une autre arme.
- Je ne vous conseille pas de faire cela, c’est illégal si vous n’êtes pas policier, rétorque Larissa.
- Et en plus ce n’est pas très élégant de faire ça à une dame si tu es un homme, dis-je à Mehdi. Je vais m’en charger.
- Pas question, mademoiselle Matsya : elle pourrait vous prendre en otage et vous utiliser comme bouclier humain. C’est à moi de prendre ce risque.
- Ne faites pas ça. Je vous en donne ma parole : je n’ai pas d’autre arme.
- Larissa, après tout ce que tu m’as caché, qu’est-ce qui me dit que tu ne bluffes pas encore une fois ? Mehdi, fouille-la.
J’observe Larissa alors que Mehdi la fouille de la main gauche, gardant son canon braqué sur elle. A plus de quarante ans, elle garde un corps parfaitement ferme et des jambes de sportive superbement fuselées. Avec un visage racé comme le sien, elle pourrait facilement jouer dans un James Bond. Larissa est peut-être une espionne, peut-être qu’elle m’a poignardé dans le dos, mais une chose est sûre : je n’ai aucun remords à l’idée de m’être entichée d’une telle beauté…
Soudain, brusque retour à la réalité : prenant Mehdi par surprise, Larissa détourne le canon du fusil et, avec une technique époustouflante, lui fauche les deux jambes. Il s’affale par terre. Elle le saisit en clé de bras, pour l’obliger à lâcher le fusil, mais il tient bon.
Sentant le coup venir, je me plaque par terre. Et ce qui doit arriver arrive : Mehdi appuie sur la détente. La décharge de chevrotine passe juste au-dessus de ma tête, et vient se loger dans le bar, provoquant un fracas de bouteilles.
Larissa finit par le désarmer. Elle se relève et lui assène un spectaculaire coup de crosse dans la cuisse. Le pauvre Mehdi étouffe un cri de douleur. Il tente de se relever, mais n’y parvient pas.
- C’est pour qu’il ne commette pas l’erreur d’essayer de me suivre, dit-elle en se retournant vers moi. Rien de grave, rassure-toi : il s’en tirera avec un gros hématome. Comme tu peux le deviner, Matsya, il faut que je m’éclipse rapidement, maintenant. Le coup de feu aura probablement effrayé tes voisins, et la police est certainement déjà en chemin. Sache cependant une chose : je ne travaille pas pour les Chinois. Ils ont déjà tous tes plans, mais ils n’ont pas eu besoin de moi pour les récupérer, car tout est déjà sur internet. Ils sont d’ailleurs très avancés dans leurs travaux, et ont déjà construit un prototype de l’habitacle du vaisseau, alors que MarsNeedsWomen n’en est encore qu’au stade des maquettes. Je ne travaille pas pour les Russes non plus : Vladimir Poutine veut ma peau. Si je suis venue ici armée, c’est de peur que le détective ne m’aie menti, et qu’il soit en réalité à la solde des services secrets russes. Méfie-toi : ils sont capables de tout. Et surtout, n’oublie pas : la seule personne à la réussite de qui j’ai envie de travailler, Matsya, c’est toi. Je veux que ta mission sur Mars soit un succès. Et je me battrai, moi aussi, pour que le premier homme sur Mars soit une blonde.
Elle ramasse son pistolet et décharge le fusil.
- A bientôt, Matsya.
- Salut beauté. Je sais qu’on se reverra.
Elle file dans l’obscurité.
A cet instant, Wayne William surgit de derrière le bar. Il a le visage couvert de sang et le regard d’un fou dangereux. Il farfouille fébrilement dans les poches de Mehdi pour en tirer plusieurs cartouches, et les introduit dans le fusil à pompe. Puis il sort dans le jardin et commence à tirer tous azimuths en hurlant : « Salope, je vais te crever ! Putain de sale Rouge de merde, je vais te faire bouffer du plomb et de la bite ! ». Evidemment, il est bien trop tard : au moment où il tire son premier coup, Larissa est déjà très loin.
J’aperçois des flashes qui crépitent dehors. C’est Wayne William : ce connard est déjà en train de raconter je ne sais pas quoi aux journalistes postés devant chez moi. Le son d’une sirène qui se rapproche : trois camions entiers de SWAT armés jusqu’aux dents. Il s’apprêtent à bloquer tout le secteur et à le passer au peigne fin. Je croise les doigts en priant pour qu’ils ne l’attrapent pas…
Sans rire : les scientologues m’ont fait une très belle offre de don, mais je n’ai pas donné suite. Non pas que je sois raciste : Tom et Katie figurent parmi mes meilleurs amis. Mais simplement parce que je sais à quel point ces gens-là peuvent être retors une fois qu’ils pensent que tu leur dois quelque chose. Quant à Raël… hé bien qu’il se manifeste, et on verra…
Biz
M.