La filature de Larissa (3)
Par Matsya

En pleine nuit, vers 2:30 du matin, Wayne William débarque chez moi, l’air d’un zombie. Épuisé. Mortifié. Jetant des regards autour de lui, comme pour s’assurer qu’il n’a pas été suivi. Il me rend tout mon argent, en liquide.

- Matsya, je jette l’éponge, me dit-il. J’abandonne. Je ne peux plus.

- Que s’est-il donc passé ? Que vous a-t-elle fait ?

- Elle savait que je la suivais. Je ne sais pas comment elle s’y est prise, mais elle le savait, la garce ! Et elle me l’a fait payer… Elle est dangereuse, vous savez ? Dangereuse et tordue.

- Mais enfin merde, c’est pas possible, qu’est-ce qu’elle vous a donc fait ? Vous avez pourtant l’air d’être en un seul morceau !

- S’il vous plaît, pouvez-vous fermer les stores et les portes ? Vous êtes très probablement en danger. Prévenez le gardien de ne laisser rentrer personne et demandez-lui de se tenir sur ses gardes.

- J’appelle tout de suite la police. Pour une fois, ils me serviront à autre chose qu’à faire baisser ma sono (habituellement, la seule raison qui amène la police chez moi, ce sont mes soirées, un peu trop bruyantes au goût de certains de mes voisins).

- Inutile : ils ne se déplaceront que s’il y a du grabuge. Et puis cela pourrait vous coûter cher s’ils apprenaient que vous avez placé illégalement quelqu’un sur écoute

- Ok. Vous avez une arme ?

- Non. Vous savez, mon métier c’est d’espionner les stars, pas de tuer les psychopathes russes.

- Hé bien, on est mal barrés… Allons, aidez-moi plutôt à fermer tout ça.

Cinq minutes après, nous voilà calfeutrés façon bunker de Saddam Hussein. On va enfin pouvoir parler.

- Matsya, vous avez quelque chose à boire ?

- Whisky écossais, ça vous ira ?

- N’importe quoi, du moment que c’est fort.

- Une demi-bouteille plus tard, Wayne passe aux aveux.

- Il était à peu près une heure du matin. J’étais garé en face de son hôtel, en train de surveiller l’une de ses conversations téléphoniques, lorsque j’ai senti ma voiture se soulever. Au début, j’ai cru que j’hallucinais. Ça arrive souvent, d’avoir des hallucinations, quand on reste en planque plus de dix heures d’affilée. Mais au bout de quelques secondes à peine, plus aucun doute : j’étais à bien trente ou quarante mètres de haut, dans ma voiture, en train de me balancer au-dessus du vide. Si je chutais de cette hauteur, j’étais mort, que ce soit dans ma voiture ou en dehors.

Juste à côté de l’hôtel, il y avait des travaux. Quelqu’un avait utilisé l’une des grues pour soulever ma voiture à l’aide d’un électro-aimant placé sur le toit. Moi, je n’y avais vu que du feu.

A ce moment, mon téléphone a sonné. « Tournez lentement votre tête vers la gauche ». Alors, je l’ai vue : elle était face à moi, dans l’habitacle de la grue. Et j’ai compris : la conversation que je croyais écouter était en réalité un enregistrement. Elle me tenait à sa merci. J’étais piégé. « Branchez votre kit mains libres, me dit-elle, et posez vos deux mains sur le volant ! »

« Maintenant, je vais vous poser une question, poursuit-elle. Attention : je ne vous la poserai qu’une seule fois, vous m’entendez ? »

« Entendu »

« Pour qui travaillez-vous ? »

Evidemment, je rétorque que mon éthique professionnelle m’interdit de révéler le nom de mes clients. Alors, elle s’est mise à faire tanguer la voiture. D’abord doucement. Puis si fort que j’ai cru qu’elle allait risquer de faire tomber la voiture, et la grue avec elle. Je crois que je n’ai jamais eu aussi peur de toute ma vie. Ma portière, que j’avais mal fermée, s’est ouverte en grand, battant au-dessus du vide. Je m’accrochais désespérément au volant, en regardant les restes de mon repas chuter lamentablement de 30 mètres de haut. Heureusement, elle a fini par se calmer.

Une fois qu’elle a su ce qu’elle voulait savoir, elle a laissé descendre la voiture très lentement, centimètre par centimètre. Au bout d’une vingtaine de minutes, j’étais à nouveau sur le plancher des vaches, sain et sauf. Elle, pour sa part, avait eu le temps de filer. Dieu seul sait où elle peut se trouver à l’heure qu’il est. C’est pourquoi je suis venu vous voir dès que j’ai pu, de manière que vous puissiez prendre dès maintenant toutes les mesures nécessaires pour votre protection.

- Si j’ai bien compris, elle sait que vous travaillez pour moi ?

- J’ai été obligé de le lui avouer. Vous savez, j’ai bien cru qu’elle allait me balancer du haut de cette grue !

- Merci, Wayne, vous m’avez mise dans de beaux draps…

Récapitulons. Au mieux, Larissa me traîne en justice pour avoir fait écouter ses conversations téléphoniques et surveillé les sites qu’elle fréquente (peu probable). Au pire, elle vient m’égorger dans mon sommeil (plus probable). Dans tous les cas, elle est en rogne, et elle fera tout pour me nuire. Sachant que Larissa est diaboliquement intelligente, bien connectée et pleine de ressources, je ne donne pas très cher de ma peau. Ni de mon projet de mission sur Mars, d’ailleurs, car elle a certainement les moyens de tout faire capoter, avec les infos qu’elle a pu rassembler. Bref, on ne pouvait pas rêver d’une ennemie plus dangereuse que Larissa.

Cependant, pas le temps de m’apitoyer sur mon sort. Un porte s’ouvre brusquement, et la voilà : Larissa.

Elle a réussi à s’inflitrer dans l’hacienda avant même que Wayne ne me prévienne. Et elle pointe un pistolet sur nous.

- Bonsoir Matsya, dit-elle d’un air parfaitement calme, en me regardant de ses grands yeux d’eau pure. Rassure-toi : je suis venue pour parler. Et jamais je ne ferai de mal à une personne que j’aime.

Elle s’avance vers nous lentement, avec un vrai déhanché de mannequin, et s’assoit nonchalamment sur l’accoudoir du canapé.

- Tu sais, tu devrais rendre son argent à Wayne. Il a fait du plutôt bon travail pour toi. Je suis particulièrement bien placée pour savoir ce genre de choses : je suis une ancienne du KGB. Désolée, Wayne, mais vous ne pouviez pas lutter…

(à suivre)

5 Responses to “La filature de Larissa (3)”

  1. Commentaire par Rodrigo — février 25, 2008 @ 9:47
    Matsya, j’ovnise total !!! Ptain, c’est une blague ou quoi ? THE scoop après la débandade Sarko au pays des vaches. J’espère que tu vas arrêter de fricoter avec le KGB. C’est pas bon pour NOS relations diplomatiques… A part ça, tu vas bien ? Ouais, éviddement, question con sinon tu nous écrirais pas. J’comprend mieux ton silence de trois plombes. Si tu veux que je lui pète la gueule tu sais où me trouver (euh, le KGB, quand même, t’es sûre ?) Donne moi des news….. !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  2. Commentaire par bill stickers — février 29, 2008 @ 10:05
    Le vol privé habité vers Mars, j’y crois, l’expédition Mars needs sandwiches, OK, la NASA, Poutine, les 250 millions de disques, tout ça c’est plausible, mais je doute quand même que Matsya soit une vraie blonde.

    Bises
    Bill

  3. Commentaire par Matsya — février 29, 2008 @ 12:25
    Bill Stickers >> COMMENT OSES-TU ???????? Moi, fausse blonde ??? Je te ferai payer ton outrecuidance !!! (et non, je n’apporterai pas de preuves publiques visant à démentir cette mensongère affirmation !)

  4. Commentaire par Rodrigo — mars 3, 2008 @ 6:50
    Et Bill, c’est une vraie blonde, je confirme… ;-)

  5. Commentaire par Matsya — mars 3, 2008 @ 7:06
    RODRIGO !!! Enfin !!!!

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