Vladimir Poutine est absolument ravi que j’aie accepté l’offre de Dick Richardson. Du coup, il propose de nous recevoir tous les deux pour fêter cela comme il se doit.
Immédiatement, j’ai proposé à Larissa de couvrir l’événement en exclusivité. Pour elle, c’est le genre de reportage qui peut rapporter gros : elle peut le revendre à autant de magazines people qu’elle le souhaite, et, pour chacun, ramasser le jackpot au passage.
Mais bizarrement, elle a refusé.
- Je préfère ne pas m’étendre sur les raisons qui font que je doive décliner cette très généreuse proposition, me répond-elle dans son impeccable anglais d’Oxford, mais, comprends-tu, Poutine et moi, c’est… spécial. Merci tout de même pour ta confiance.
- Ne me dis pas que c’est ton ex, tu vas me rendre jalouse, dis-je, ne riant qu’à moitié. Allez, raconte-moi tout : je sais que, comme moi, tu es hétéro à la base !
- Matsya, s’il te plaît, changeons de sujet, veux-tu ? Où en es-tu du recrutement des deux astronautes qui te manquent ?
OK, t’as gagné, miss la reine de l’esquive : je n’insiste pas pour l’instant, ça ne servirait à rien. Mais sois sûre que je finirai par savoir. On ne se débarrasse pas de Matsya comme ça !
L’énigme Larissa
Larissa me semble être quelqu’un de profondément réglo. Et en plus je lui dois beaucoup : outre le fait de m’avoir appris à piloter un hélicoptère, elle m’a déjà sauvé la mise un paquet de fois en m’arrachant aux griffes des paparazzi. Sans parler de tout ce qu’elle a pu m’apprendre sur d’autres plans, beaucoup plus personnels, ceux-là…
Mais elle garde un paquet de secrets, tout le temps. Sa vie entière reste couverte d’une chappe de plomb, dont rien ne transpire. Et ça, je sais que ce ne sont pas mes oignons, mais je dois vous avouer que ça finit par me gonfler, à la longue.
Non seulement la belle journaliste kazakhe refuse presque systématiquement de parler de son passé – ce qu’à la limite je peux comprendre : l’ex-Union soviétique, dont elle est originaire, est en effet pleine d’histoires personnelles tragiques, qui ne doivent pas forcément être faciles à évo0quer par ceux qui les ont vécues. Mais ce qui m’énerve, surtout, c’est qu’elle refuse obstinément ma proposition de venir s’installer dans l’une des 11 chambres d’amis de mon hacienda à Santa Monica. Pourtant, elle aurait tout le confort possible, ainsi que la possibilité d’aller et venir à sa guise, no questions asked. A la place, elle préfère continuer, depuis plusieurs mois, à vivre dans une obscure chambre d’hôtel en ville – chambre où elle ne m’a jamais invitée. Je ne sais d’ailleurs même pas dans quel hôtel elle réside.
Je vois Larissa deux ou trois fois par semaine, et, en dépit de tout, ça se passe sublimement bien. On rigole, on fait l’amour, on discute de mon futur voyage sur Mars… Cependant, hormis ces quelques moment-là, je ne sais à peu près rien de sa vie. Je la vois toujours arriver chez moi dans des taxis à vitres fumées (elle a toujours refusé que j’envoie mon chauffeur la chercher), dissimulant le plus souvent son visage sous des chapeaux, des écharpes ou des lunettes de soleil. A sa demande insistante, nous gardons toujours les rideaux fermés lorsqu’elle est là. Elle évite systématiquement le jardin et la piscine, malgré l’absence totale de tout vis-à-vis.
[Pour tout vous dire, les journalistes qui font jour et nuit le pied de grue devant chez moi ont longtemps cru qu'il s'agissait de Sharon Stone me rendant visite - ce qui devrait la flatter quand même un peu...].
Bref, vous l’aurez compris : c’est le mystère quasi-total autour de Larissa. J’en ai assez. Je n’arrive pas à m’empêcher de devenir suspicieuse, d’imaginer des choses atroces à son sujet. Qu’elle me trompe, qu’elle baigne dans des histoires louches, ou que sais-je encore.
J’ai un peu honte, mais j’ai pris la décision de la faire suivre par un détective.

C’est vous qui l’avez dit…