Ce midi, un blind date made in Vladimir Poutine (tous les détails ici). Pour du business, paraît-il, même si la personne a refusé de donner son nom. Mafioso russe ? Dictateur en quête de notoriété ? Son assistante avait téléphoné de Londres pour proposer ce rendez-vous.
Allons-y : j’aime l’aventure.
De toute évidence, mon rendez-vous est une personne de goût : il (ou elle) a réservé une table Chez Judicaël, un de mes restos préférés à Santa Monica. Une sorte de minuscule jardin suspendu, plein de fleurs et d’arbres, perché au septième étage d’un bâtiment d’où on domine la 3ème rue et d’où on aperçoit un petit bout d’océan. L’endroit rêvé pour mépriser souverainement la population humaine en tongs et en short que l’on voit grouiller au niveau du sol.
Mon rendez-vous est arrivé avant moi.
Je le reconnais immédiatement, même si c’est la première fois que je le rencontre de visu. Il s’agit de Dick Richardson, le célébrissime homme d’affaires anglais.
Parcours impressionnant, ce Richardson. Un mec brillant. Et surtout, une sacrée réputation de requin. Parti de zéro, il a bâti un véritable empire. La musique d’abord, puis les médias. Et ensuite la téléphonie, les transports, les boissons. Et même le tourisme spatial, grâce à une technologie innovante permettant d’effectuer des vols suborbitaux à des coûts hyper-compétitifs.
Oh, putain de fuck de putain de fuck de putain de fuck : j’ai bien dit tourisme spatial ? Là, ça craint.
Maintenant, je comprends ce qui l’amène : il veut rentrer dans mon capital. Je connais par coeur les tactiques de ce genre de gugusses. Je vois d’ici le scénario :
- Connaissant mes difficultés financières, il va gentiment me proposer de renflouer ma société.
- Par d’habiles jeux de capitaux, il va discrètement devenir actionnaire majoritaire.
- Ensuite, comme dans tout le reste de son empire, il va me forcer à abandonner le nom MarsNeedsWomen pour adopter son horrible marque-emblème Urchin. Urchin Records, Urchin Mobile, Urchin machin-chose : aucune des entreprises qu’il a rachetées jusqu’à maintenant n’y a jamais échappé.
- Et pour finir, dès qu’il n’aura plus besoin de moi, il m’éjectera. Histoire d’éviter qu’une blonde lui fasse de l’ombre.
Autant le dire tout de suite : s’il me fait une proposition comme celle-là, c’est NO WAY !
Je reste calme malgré mes appréhensions. Je m’avance vers la table en affichant mon plus beau sourire, mais prête à lui rentrer dans le lard si besoin est.
Bon, il faut le reconnaître : le mec est pas mal physiquement, même si ses attitudes de séducteur travaillées devant le miroir m’agacent un peu. Le genre beau gosse poivre-et-sel. Le bronzage, juste ce qu’il faut. Le côté british, pour ajouter la petite touche « baroudeur distingué ».
Charmant. Mais je ne suis pas là pour la bagatelle. Niveau business, il peut toujours courir : je ne lui lâcherai RIEN.
- Matsya, je suis ravi d’avoir enfin l’occasion de vous rencontrer. Je suis depuis toujours un de vos plus grands fans, et surtout je suis absolument admiratif devant l’avancée fulgurante des travaux de MarsNeedsWomen. Je tenais à vous en féliciter personnellement.
- Venant de la part d’une personne ayant connu le succès aussi bien dans l’industrie musicale que dans la conquête spatiale, le compliment me flatte immensément. Cependant, j’ose imaginer, cher Dick, que vous n’avez pas provoqué cette rencontre dans le seul but de me dire cela ?
- Vous devinez juste. Matsya, je suis venu exprès de Londres pour vous faire une offre. [Ahhh, nous y voilà !]. Je viens de me séparer de la branche Médias d’Urchin, que j’ai vendue pour 2.3 milliards de dollars. Cette somme, je souhaite en faire don à MarsNeedsWomen. Je sais combien cette entreprise vous est précieuse, combien d’investissement personnel elle représente pour vous. [Là, il touche juste, le salaud !]. C’est pourquoi je propose que ce transfert d’argent prenne la forme d’un don, et non d’une prise de participation. Ce qui veut dire que, si vous l’acceptez, vous garderez un contrôle total sur votre capital, votre marque et la conduite de vos affaires. En bref, vous resterez seul maître à bord.
- Et que demandez-vous en échange ?
- En échange, c’est très simple : je veux aller sur Mars avec vous.
Là, je suis scotchée. A vrai dire, s’il m’avait directement proposé de coucher avec lui, j’aurais eu plus de chances d’accepter.
Mais on ne crache pas comme ça sur 2,3 milliards de dollars.
Et le pire, c’est qu’il a l’air sincère…

C’est vous qui l’avez dit…