Beta-Lecteurs : recrutement terminé !
Par Le Marionnettiste en Chef



Bonjour à tous !

C’est bon, on a suffisamment de Beta-Lecteurs. Un grand, grand, grand merci à tous ceux et celles qui ont levé le doigt. J’ai déjà reçu de certains d’entre vous des commentaires hyper pertinents, qui vont me permettre d’améliorer significativement le texte. Quant aux autres, on se reparle très bientôt pour remise des copies le 25 mai au plus tard :) )

Si jamais cela vous aurait tenté mais que vous avez découvert trop tard que nous cherchions des gens, sachez que, si tout va bien, il y aura tout plein d’autres épisodes pour vous dans les mois et les années à venir… donc n’hésitez pas à revenir ici : votre perspicacité y est toujours la bienvenue !!!

A+++

G. le Marionnettiste

J'aime qu'on me laisse des commentaires !

Beta-Lecteurs(trices) Wanted !
Par Le Marionnettiste en Chef



Hello les lecteurs et les lectrices !

En ce moment je cherche un ou deux Beta-Lecteurs (et lectrices, of course) pour me faire leurs commentaires sur un texte que je cherche à faire éditer. Il s’agit d’une réécriture des premiers posts de ce blog en vue d’une publication sous format électronique (eBook).

Si jamais ça vous tente, n’hésitez pas à me faire signe ! Comment on s’y prend ? Trois solutions possibles :

- m’envoyer un mail matsya[at]marssemidirect.com

- me laisser un commentaire ci-dessous via Facebook, et je vous recontacte par MP

- me laisser un commentaire ci-dessous dans les commentaires « classiques », et je vous recontacte en utilisant l’adresse mail que vous aurez laissée dans le formulaire (elle ne sera jamais diffusée, et je ne m’en servirai pas pour autre chose que cet envoi précis)

Voilà ! A bientôt j’espère !

G. le Marionnettiste

J'aime qu'on me laisse des commentaires !

Petite infographie de Noël : la Mars-Fiction
Par Matsya



Joyeux Noël à tous !

Vous aimez Mars mais vous ne saviez pas quoi lire ou vous faire offrir ? Voici le guide ultime pour vous accompagner dans vos prochains choix de lecture. C’est un peu trop petit pour lire sur le site, donc n’hésitez pas à cliquer. Enjoy et partagez si vous aimez ! (ayant fait cette petite infographie de mes blanches mains, et je vous donne l’autorisation formelle de la partager si l’envie vous en prend).

Bise à tous,

Votre Matsya

7 commentaires

Riding the Low Country
Par Matsya



MarsNeedsAHome II, jour 5
Dimanche, 4:18 pm

Naïve que j’étais, je m’imaginais qu’on allait rencontrer ce Tyrone Blanks, lui dire bonjour, lui filer nos dollars, qu’il nous file sa came (en l’occurrence une vidéo qui, paraît-il, vaut son pesant de marshmallow), qu’en le cuisinant un peu il finirait, avec un peu de chance, par nous livrer gentiment un ou deux indices qui nous permettraient d’entrer en contact avec la fameuse Anna… et puis ciao-bye, on se fait la bise, et tout le monde est content.

C’était sans compter sur le fait qu’on aurait affaire à de vrais tordus. Est-ce que vous vous rendez compte que Blanks nous a fait poireauter pendant 25 minutes sur le parking de l’église alors que lui se planquait dans la voiture juste à côté ? Je ne sais pas quel est le problème de ce mec, mais il faut qu’il se fasse suivre. Espionner les gens comme ça, c’est bizarre, quand même, non ?

Et maintenant, ça fait au moins quarante bornes qu’on est collés au train de son vieux pickup Mazda. On est sortis de la ville, on a passé le grand pont suspendu depuis un bail déjà, et on ne sait toujours pas où il veut nous emmener. Vous savez quoi ? C’est vraiment n’importe quoi, cette histoire. Et ça ne sent pas très bon. Je suis bien contente que Washington, le garde du corps de Dick, soit avec nous.

- Dick, j’ai un mauvais pressentiment. Jure-moi qu’on ne va pas se faire kidnapper.

- Tu me connais, très chère Matsya, je suis capable de promettre à peu près n’importe quoi à qui voudra bien me croire, ce n’est pas le genre de chose qui me dérange habituellement. Cependant, sache qu’au cas où nous serions effectivement victimes d’un enlèvement, j’ai souscrit une police d’assurance spéciale qui couvre la rançon avec une franchise d’à peine 50 000 dollars, à condition que j’aie un garde du corps avec moi. De cette manière, tu es de facto couverte également.

- Super. Ça me donnerait presque hâte qu’ils nous séquestrent et qu’ils me violent.

- Je ne pense pas que tu devrais t’inquiéter. Tu vaux beaucoup trop cher pour qu’ils te fassent quoi que ce soit.

Washington met son grain de sel dans la discussion :

- Vous savez, patron, même là-dessus on ne peut plus être sûr, de nos jours. La semaine dernière, il y a une junkie qui a braqué une épicerie pour voler la caisse et des couches pour bébé… sauf qu’au moment de partir, elle a oublié la caisse et son gosse. Ces gens-là, les « meth-heads », ça fait parfois des choses vraiment très, très bêtes, et ça ne s’en rend compte qu’une fois devant le…

Mais quel con ! Avant, je n’en menais déjà pas large ; maintenant, grâce à lui, je flippe comme une malade. Je le coupe avant qu’il ait eu le temps de finir sa phrase.

- Merci Washington. Jusqu’à il y a cinq secondes, j’étais rassurée que vous soyez avec nous.

- On va bientôt être fixés sur notre sort, dit Dick : il met son clignotant, on prend la prochaine sortie.

L’endroit où on s’est arrêtés ne ressemble à peu près à rien. On est en plein milieu d’une forêt marécageuse comme il y en a tant dans la région, il y a un restaurant qui s’appelle Charlie’s Crab Shack avec des néons colorés un peu kitsch. Juste deux voitures dans le parking. Dick demande à Washington de se garer de manière qu’on puisse nous voir de la route au besoin.

Bon, la plutôt bonne nouvelle, c’est que, après examen plus détaillé, Tyrone Blanks n’a pas l’air d’un junkie. Peut-être d’un psychotique, vu comment il passe son temps à regarder autour de lui comme s’il s’attendait à ce qu’il y ait des snipers dans ce trou paumé, mais pas d’un drogué. Je ne jurerais pas qu’avec ses dreadlocks il ne se fume pas un joint ou deux de temps en temps, mais il a l’air de quelqu’un en pleine possession de ses moyens. Au moins, s’il nous kidnappe ou nous tue, on sait qu’il l’aura fait en pleine connaissance de cause.

En revanche, les deux potes à lui qui attendaient dans l’une des deux voitures, eux, ont l’air franchement patibulaires. A l’opposé de Blanks, qui est mince, assez finement musclé, et finalement plutôt stylé, dans son genre, eux sont obèses, mal fringués, suintants, et couverts de tatouages moches. Précisément le genre de type que vous verriez bien braquer une station-service, ou sortir la batte de baseball si vous accrochez un de leurs rétroviseurs.

Blanks nous fait signe de rester dans notre voiture. Il fait trois fois le tour du parking dans l’espoir de détecter on ne sait quoi, puis, n’ayant rien trouvé, il nous invite enfin à sortir.

A peine la portière ouverte, c’est le choc thermique. Quarante degrés. Humide comme on n’a pas idée. On pourrait faire cuire des brocolis à la vapeur rien qu’en les laissant dehors. Je m’attache les cheveux en espérant que ça fera circuler un peu d’air sur ma nuque, évidemment sans effet.

Blanks s’adresse à Dick :

- Vous avez l’argent ?

- Oui, bien sûr, où avais-je la tête. Si vous voulez bien me permettre deux petites secondes…

Dick saute dans le pickup avec une énergie surprenante vu la température et s’apprête à saisir derrière le siège la mallette Vuitton où il a mis les billets, quand tout à coup Blanks hurle :

- STOP !

Deux fusils et un revolver braqués sur Dick en même temps. En une demi-seconde, Washington s’interpose et les tient en joue à son tour. Dick réussit à garder son calme et son sourire Ultra-Brite. Et moi, la blonde de service, devinez ce que je fais dans ce genre de situation ? Hé bien je me mets à hurler, pardi !

Dick tente de calmer le jeu :

- Messieurs, pas d’inquiétude à avoir : je vais prendre la mallette tout doucement, et de cette manière, vous pourrez compter les billets.

Blanks me jette un regard furibond. Je crois qu’il est saoulé que je crie.

- Quoi, pourquoi vous me regardez comme ça, vous ? Genre, je passe à ça de mourir dans une fusillade, et j’ai même pas le droit de crier ?

Dick me fait les yeux doux pour que je me calme, mais mon pouls est monté à 200 à la vue des armes, et il faut que j’évacue l’adrénaline, c’est plus fort que moi :

- On est dans un pays libre ! Je suis une citoyenne américaine, je peux crier autant que je veux ! Et puis vous avez peur qu’on dérange qui, ici ? Les alligators ?

Soupir las de Blanks, qui préfère ne pas répondre. Il s’adresse à Dick.

- Nous ne devons pas rester ici trop longtemps. Vous deux, dit-il en désignant Dick et moi, vous montez dans ma voiture. Toi, fréro, dit-il en s’adressant à Washington, désolé, mais il va falloir que tu restes ici.

Dick intervient :

- Sauf votre respect, monsieur Blanks, il est indispensable que Washington vienne avec nous.

Washington est un ancien nageur de combat chez les Marines. Même s’il a pris un peu de bide depuis ses grands jours, des cailleras du Sud comme ça, qui se font les muscles en jouant à la Playstation, il s’en fait trois au petit déjeuner. Ce serait bien de l’avoir avec nous. Cela dit, je parierais dix contre un que ce n’est pas du tout, du tout à notre sécurité que Dick pensait en disant ça, mais simplement à sa maudite police d’assurance…

- Impossible.

- Tenez, pour vous montrer que je peux faire un effort, je vous propose 10 000 dollars de plus.

- J’ai des ordres, et ils sont stricts. Seulement vous deux, sinon on ne fait pas affaire. A vous de décider.

Ah bon, des ordres ? Tiens donc, mais de qui ? D’après ce que m’avait dit Dick, je croyais Blanks à son compte… et là, je découvre que, finalement, il travaillerait pour quelqu’un ? Intéressant.

Il continue et nous tend un vieux sac en toile kaki tout pourri :

- Je vais aussi vous demander de laisser vos téléphones ici et de mettre l’argent dans ce sac. Ce n’est pas contre vous, c’est pour éviter qu’on se fasse repérer par GPS. Mais si ça vous rassure, vous pouvez garder le flingue.

Sans dire un mot, et en signe d’acceptation tacite des conditions de Blanks, Dick sort ses trois téléphones de ses poches, enlève sa montre (« elle aussi est équipée d’un GPS », précise-t-il), transfère les liasses de billets dans le sac, et embarque le semi-automatique de Washington (dont, je suis sûre, il sait se servir).

Blanks se tourne vers Washington, l’air apaisé, avec, pour la première fois, une esquisse de sourire :

- C’est ton jour de chance, cousin, parce que mon pote Charlie fait les crabes les plus frais de toute la Caroline du Sud. Et aujourd’hui, l’addition est pour moi. Tu regretteras pas.

Clin d’oeil.

En ce qui me concerne, cependant, vous devinerez bien ce genre de joyeuse connivence virile, ça me laisse de marbre. Hors de question que je me laisse embringuer dans ce traquenard.

- Hé bien moi, je me ferais volontiers un petit crabe, moi aussi. Avec une petite bière, pour me remettre de mes émotions. Messieurs, je vous laisse y aller tous seuls.

- Je pense au contraire que vous aurez envie de venir avec nous.

- Ah oui ? Vous pensez, vous, c’est nouveau ! Je croyais que vous suiviez les ordres ?

- Suivre les ordres de ma bien-aimée Anna est un plaisir, et je les suis sans discuter car je lui fais confiance. Quant à vous, j’ai d’assez bonnes raisons de penser que vous avez une ou deux choses à lui dire, je me trompe ?

OK, il a gagné. Je sens bien que je vais au-devant des emmerdes, mais si Anna est de la partie, je n’ai plus le droit d’hésiter. Avec un duckface de dépit à faire pâlir d’envie Lana Del Rey, je sors mon téléphone et le donne à Washington.

2 commentaires

Dick « Beauregard » Richardson
Par Matsya



MarsNeedsAHome II, jour 5
Dimanche, 2:30 pm

Ouf. On a réussi à quitter l’aéroport sans avoir une foule de fans tonitruants qui nous courait après. Traduction : on a été vraiment méga-discrets. Oh, il y aura bien quelques photos volées sur Facebook d’ici dix minutes, mais ce n’est pas la fin du monde : ce qu’on voulait éviter avant tout, c’était d’être suivis. Et puis maintenant qu’on est dans notre Dodge Ram de location à vitres fumées et immatriculé en Caroline du Sud, on est devenus invisibles au milieu de la foultitude d’énormes pickups qui composent l’essentiel du parc automobile local. Par précaution, je prends tout de même soin de jeter un oeil régulièrement aux alentours juste au cas où, mais je ne vois personne qui nous aurait filés depuis l’aéroport.

Ce qui m’inquiète un peu, en revanche, c’est qu’on est en train de tourner depuis bientôt vingt minutes dans le très mignon centre-ville de Charleston (prononcez ‘Tcharlz-ton’) à la recherche de notre point de rendez-vous, et à qu’à force de repasser cinquante fois au même endroit, on va finir par se faire griller. Il faut dire que notre contact, un dénommé Tyrone Blanks, ne nous a guère facilité la tâche en fixant la rencontre dans le parking d’une église. Or, à Charleston, il y a très exactement une église tous les huit mètres. Bien évidemment, ni Dick, ni moi, ni le garde du corps de Dick, qui conduit la voiture, n’avons jugé utile de louer un GPS, et si on devait suivre à la lettre les instructions d’Apple Maps, on serait déjà quelque part en Guinée Equatoriale.

Alors on tourne, on tourne, et on tourne encore. Vous me direz, au milieu des palmiers, des élégantes bâtisses coloniales et des chênes couverts de Spanish moss, ce végétal typique de la région qui pend si majestueusement aux branches et donne aux arbres des allures de saule pleureur, c’est loin d’être la pire promenade qu’on puisse imaginer. C’est même tout à fait charmant. Dans une autre vie, on aurait fait cette petite déambulation en calèche, Dick en Rhett Butler, moi en Scarlett O’Hara. D’ailleurs, plus j’y pense, plus je me dis que Dick ferait un digne successeur à Clark Gable dans ce rôle. Il a le cran, le charme, la nonchalance féline. Surtout, son côté délicieusement suranné cadre parfaitement avec ce décor. C’est le genre de personne avec qui vous auriez envie de badiner sur une balancelle, ou de vous alanguir sous le porche de l’une de ces grandes barraques sudistes en attendant que passe l’orage. Tenez, faudra que j’en parle à mes potes producteurs, qu’ils pensent à lui le jour où ils se décideront enfin à faire un remake. Dick « Beauregard » Richardson. Ça nous changera un peu du sempiternel Hugh Jackman…

Mais arrêtons là ces petites rêveries, si vous voulez bien : il faut d’urgence que je me décontamine de Dick. Depuis qu’on s’est embrassés l’autre soir, c’est le bazar dans ma tête. J’ai du mal à démêler le vrai du faux dans ce que je ressens. Par moments, comme maintenant, je m’attendris sur lui comme une gamine de cinquième. A d’autres, la moindre chose qu’il fera ou dira va m’agacer au point d’avoir envie de lui coller des tartes (exemple : ce matin quand il m’a réveillée à 7 heures).

Franchement, je ne comprends pas comment j’en suis arrivée là : des millions de fois, j’ai galoché des mecs en soirée, et trente secondes après, je les avais déjà oubliés (certaines de leurs copines, elles, ne m’ont pas oubliée, d’ailleurs, mais c’est une autre histoire). Là, je ne sais pas pourquoi, je ne peux pas. Je me refuse à revenir vers lui parce que je sais que ça ne mènerait à rien de bon, mais du coup, je refoule. Et le résultat, c’est que je me surprends à produire ces espèces de réactions épidermiques complètement idiotes, genre un coup je te regarde avec des petits coeurs dans les yeux, un coup je te déteste. Je dois absolument arriver à prendre de la distance. Question de survie.

En partie parce que ce roller-coaster émotionnel malsain finira, je le sens, par me mener tout droit à l’asile, au fight, à la rupture avec Larissa, ou bien à tout ça en même temps, mais avant tout parce que Dick est un homme en qui je sais qu’on ne peut pas avoir confiance.

Oh, ne vous méprenez pas, je ne parle pas de sa tendance à être infidèle : ça, non seulement c’est de notoriété publique, mais c’est le problème de sa femme, pas le mien (au contraire même : vu à quel point le courant ne passe pas entre elle et moi, ce serait limite un argument pour le violer sur place, voire devant elle…). Non, ce à quoi je veux faire référence quand je dis qu’il faut se méfier de lui, c’est que, derrière ses apparences hyper sympa et détendues, Dick Richardson est capable de vous faire de vraies, vraies crasses. Le genre de crasses après lesquelles vous ne pouvez plus regarder quelqu’un de la même manière. Imaginez donc : pendant MarsNeedsHeroes, il a tout de même, sur demande de Vladimir Poutine, truqué les épreuves pour éliminer Larissa de la sélection, alors qu’elle était première au classement, et surtout que c’était sa toute dernière chance d’aller un jour dans l’espace. En Alaska, il a fait pire encore : laisser Bogdana Kuznetsova, le bouledogue en chef de Poutine, tenter d’assassiner Larissa. Ça vous refroidit un peu, ça, pas vrai ?

On en a parlé. Lui a mis ça sur le compte du fait que, s’il n’avait pas lâché Larissa, ç’aurait été, selon lui, l’expédition toute entière qui s’en serait trouvée menacée. OK, admettons. Objection acceptée, j’en prends bonne note. Sauf que, le jour où ce sera à moi qu’il devra planter un couteau dans le dos pour le bien présumé de Mars | Semi | Direct, il fera quoi ? Vous feriez confiance à quelqu’un comme ça, vous ?

Hé oui, mes amis, vous voyez, le petit côté rétro et agréable à regarder de Dick Richardson n’est pas son seul point commun avec les villes du Sud des Etats-Unis : comme elles, il a également un passé bien sombre, que le reste du monde, à commencer par moi, a bien du mal à oublier. Pour continuer la comparaison, ce dark side de la personnalité de Dick me ferait presque penser à un autre truc qui se passe dans le Sud des Etats-Unis, et même en Caroline du Sud : Vampire Diaries. C’est moins glam qu’Autant en Emporte le Vent, mais à mon avis ça décrit mieux ma situation. Aller sur Mars avec Dick Richardson, ce n’est pas se pavaner en calèche avec Rhett Butler, c’est rester trois ans enfermée à quelques centimètres des lèvres avides de sang du fascinant et dangereux Damon…

J'aime qu'on me laisse des commentaires !

En souvenir de Laïka, Space Bitch entrée dans l’histoire
Par Matsya



Croyez-le ou non : la première Terrienne dans l’espace était une bitch.

C’était le 3 novembre 1957. Pour prouver qu’il était possible pour un être vivant de survivre à l’impesanteur, Korolev, père du programme spatial soviétique, tente l’expérience d’envoyer une chienne dans l’espace (leçon de vocabulaire : avant d’être une insulte, le mot « bitch » en anglais désigne d’abord la femelle du chien…). Laïka, c’était son nom, est morte de chaleur et de stress quelques heures après la mise à feu de son appareil. Elle a dû subir un véritable calvaire, mais elle a ouvert la voie à l’exploration spatiale habitée. Elle était née chienne errante dans les rue de Moscou, elle a fini héroïne du peuple.

Souvenirs émus pour cette petite boule de poil, qui a laissé sa vie pour la conquête spatiale. Laïka, toutes les bitches de la planète, à commencer par moi, te disent merci.

1 commentaire

Un matin, ça ne sert à rien (surtout un dimanche matin)
Par Matsya



MarsNeedsAHome II, jour 5
Dimanche, 7:02 am

Comme 99% des stars du show biz, je mets un point d’honneur à crier sur tous les toits :

- que j’aime les animaux (en priorité ceux qui sont mignons, médiatiques et menacés d’extinction)

- que je me préoccupe du sort des enfants d’Afrique, d’Haïti (bref, de partout, du moment qu’ils sont photogéniques et que je peux faire des belles photos de moi en treillis et tank top avec eux)

- que je mange bio et produit localement (en d’autres termes : je me planque pour manger les trucs vraiment bons)

- que je suis pour l’amitié entre les peuples (ce qui signifie concrètement que, lorsque je me fais prendre en photo, mon attachée de presse veille au grain pour qu’il y ait autour de moi au moins un Black et un Asiat’)

Pourtant, je vous l’avoue rien qu’à vous, parce que vous êtes mes chers lecteurs adorés : je suis raciste. Oui, il y a une race d’humains que je déteste par-dessus tout, et dont il m’arrive fréquemment de souhaiter l’extinction imminente : les gens « du matin ».

Pourquoi je les hais à ce point ? C’est bien simple : les gens « du matin » sont incapables de comprendre qu’on puisse n’être pas « du matin ». Moi, qui, vous l’aurez deviné, ne suis pas du matin, quand je sors de boîte à pas d’heure, est-ce que j’appelle tout mon carnet de contacts pour leur raconter ma vie ? Non. Alors pourquoi les gens matinaux se sentent-ils autorisés à m’appeler un dimanche à sept heures, alors qu’ils savent pertinemment qu’à cette heure-là, ma seule amie sur Terre, c’est ma couette ? Tiennent-ils si peu à leur vie que cela ? Je crois qu’il va falloir que j’en trucide un paquet avant d’élucider ce mystère

Les racistes revendiquent tous d’avoir des amis « de couleur ». Hé bien, comme eux, j’ai des amis « du matin ». Et le pire de tous, vous savez qui c’est ? Dick Richardson ! Ça fait plusieurs fois qu’il me fait le coup, mais aujourd’hui, vraiment, il bat des records. Mon téléphone a sonné vers sept heures moins le quart (on est bien évidemment dimanche). Croyant à une urgence, j’ai été assez bête pour décrocher. Bilan : ça doit faire quinze bonnes minutes que j’ai le téléphone coincé entre ma tête et mon oreiller, à l’écouter me raconter dans les moindres détails les dernières nouvelles de son magazine D.C. Insider, sans pouvoir en placer une. Je n’ai qu’une seule hâte : me rendormir. Au bout d’un moment, il me gonfle tellement que je finis par l’interrompre en plein milieu d’une phrase :

- Dick, ça me fait une sacrément belle jambe d’apprendre que tes ventes décollent mieux que prévu et que toute l’Amérique se bouscule au portillon pour t’apporter la preuve irréfutable que Mitt Romney utilise du spray autobronzant… mais est-ce que tu sais jusqu’à quelle heure j’ai bossé hier soir ?

- Probablement la même heure que moi, très chère. Mais n’avions-nous pas dit que nous nous donnerions des nouvelles au moins deux fois par semaine ?

- Et ça pouvait pas attendre début d’après-midi ?

- Malheureusement non : je dois me rendre à Charleston, en Caroline du Sud, et je pars dans moins d’une heure. Un de nos contributeurs-stars souhaite me voir pour me proposer un document inédit. Tu devrais voir ça : cette personne filme les politiciens avec une vieille Flip Camera dissimulée dans un sac, et il nous envoie des choses vraiment fantastiques. Sa dernière vidéo nous a amené pas loin de dix millions de personnes sur notre chaîne YouTube. J’ai vraiment hâte de voir ce qu’il aura à nous proposer cette fois.

- Dis donc, c’est beau, le journalisme d’investigation… Bon, Dick, histoire que tu ne m’aies pas totalement réveillée pour rien, as-tu au moins des pistes sur la personne que nous cherchons ?

- Nous sommes en recherche active. Nous avons notamment perfectionné nos algorithmes de manière à détecter, parmi les quelques centaines de photos, vidéos et textes que nous recevons chaque jour, les soumissions de contenu qui seraient susceptibles de correspondre au profil de la personne que nous recherchons…

Dick aurait certainement fait un excellent dresseur de serpents : il a le chic pour vous endormir en détournant votre attention sur des sujets qui n’ont rien à voir. Neuf fois sur dix, ça marche… plus avec moi. Il est temps de le cornaquer, là, parce qu’il me mène en bateau. Pour sortir de ma torpeur, je m’assois sur mon lit de camp et je prends ma voix de mégère :

- J’espère bien, que tu es en « recherche active », parce que je ne sais pas si t’es au courant, mais il y a un paquet de dollars suspendus à tes fameux algorithmes ! Du coup, je vais te reposer ma question, et ma question est : tu en es où ?

- Mettons que, jusqu’à hier, nous avons beaucoup itéré avant de trouver un juste milieu entre des paramétrages qui nous donnaient trop de faux positifs, et d’autres dont le niveau de sensibilité était insuffisant. Cela dit, je sens que maintenant nous tenons le problème par le bon bout. D’ailleurs, n’aie crainte : nous avons tout à fait la possibilité d’analyser a posteriori les données recueillies depuis le début, de manière à bâtir de façon dynamique un faisceau d’indices qui nous mènera à la bonne personne.

Pourquoi est-il incapable de me dire les choses clairement ? C’est donc ça qu’on leur apprend dans leurs grandes universités : délayer et palabrer en espérant que l’autre sera assez stupide pour lâcher le morceau ?

- OK, c’est bon, j’ai compris : tu en es très exactement nulle part. Dick, si tu veux mon avis, on ferait mieux de changer notre fusil d’épaule. Là, on mise tout sur le fait que notre cible aura la bonne idée de se jeter dans la gueule du loup. Or, à ce rythme-là, à coup d’ »itérations » et de « faisceaux d’indices », notre fusée est bien partie pour rester clouée au tarmac encore un bon bout de temps…

Pour le coup, me voilà bel et bien réveillée ! Une bonne petite gueulante comme celle-là, et, croyez-moi, vous êtes vaccinés contre le sommeil…

- Matsya, je suis tout à fait ouvert à des solutions alternatives en plus de celle que nous avons déjà mis en place, tu le sais. Cependant, j’ai mis les meilleurs cabinets de détectives sur l’affaire, et jusqu’à présent aucune des autres méthodes qu’ils ont proposées ne m’a semblé digne que nous y consacrions le peu de temps que nous avons.

- Pourquoi tu leur demandes pas d’examiner son dossier ? Ils doivent avoir ça, au Sénat, pas vrai ?

- Effectivement, ils ont un dossier. Mes détectives ont gâché deux précieuses journées à l’éplucher. Résultat : tout est faux, de A à Z. Rien dans ce que nous avons ne nous donne la moindre information sur l’endroit où elle pourrait être aujourd’hui. Pis encore : ce faisant, ils se sont fait repérer. J’ignore par qui.

- Par les Fédéraux ?

- Peut-être. Ou par des agents russes, qui sait ? Matsya, il faut bien nous rendre compte d’une chose : nous n’avons pas affaire à une criminelle lambda. Nous recherchons un ancien agent d’élite des services secrets russes, qui se sait elle-même poursuivie par ses ex-collègues, et probablement par un certain nombre d’autres personnes, nous y compris.

- Dans ce cas, Dick, j’ai besoin que tu me parles franchement : a-t-on vraiment des chances de retrouver cette Anna ? Je te demande ça parce que, si on avorte ce lancement-là, non seulement on jettera un autre milliard par la fenêtre, mais aussi on pourra dire adieu à tous les volontaires qu’on aura fait bosser pour rien. On a la pression, sur ce coup-là.

- Je vais être honnête avec toi : nos chances sont extrêmement minces.

Ah. Enfin. Il a vraiment fallu le pousser dans ses derniers retranchements pour qu’il en arrive là, mais au moins, maintenant, les choses sont claires.

- Je m’en doutais. Alors on fait quoi ?

- Puis-je te proposer que nous nous donnions encore soixante-douze heures ? C’est le temps qu’il faudra aux détectives pour ré-examiner l’historique des pièces soumises à D.C Insider à la lumière du nouvel algorithme. Si d’ici là nous n’avons pas de pistes sérieuses, nous arrêterons les frais. Cela te convient-il ?

- Je ne vais pas te dire que ça me ferait follement plaisir, mais, effectivement, si on arrête tout dans les trois prochains jours, on économise toute une partie des frais de montage. Ça nous ferait baisser considérablement l’ardoise. Et surtout, on éviterait à environ 700 bénévoles de se déplacer pour des bananes. Evidemment, le seul petit souci, c’est qu’on aurait deux ans à attendre avant la prochaine fenêtre de tir.

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais, il n’y a pas si longtemps, ce genre de situation m’aurait rendue proprement hystérique. Aujourd’hui, je me surprends à être capable de raisonner froidement, d’envisager le pire sans me mettre à flipper comme une malade. Je ne sais pas si c’est à cause des échecs que nous avons traversés sur ces dernières semaines, ou bien si c’est de chausser les souliers de Lady Barlow, mais une chose est certaine : j’ai l’impression d’avoir changé. Certes, le projet est dans la mouise, mais moi, ça m’a fait grandir.

- Je croise les doigts pour que nous ne soyons pas confrontés à un choix aussi douloureux, mais j’ai bien peur que nos chances d’y couper ne s’amenuisent de jour en jour…

Au bout du fil, Dick aurait probablement aimé dire quelque chose pour terminer ce coup de fil sur une note positive, comme il a l’habitude de la faire, mais là, je sens qu’il sèche. Au bout d’une vingtaine de secondes de silence consterné, je prends l’initiative de rompre la conversation :

- Bon, je ne voudrais pas te retarder pour ton vol. Moi, quitte à être debout, je vais travailler un peu avant le petit dej. Allez, fais bonne route et rapporte-nous de beaux films !

- Pour ça, tu peux me faire confiance : faute d’avoir un pouvoir magique pour localiser les espionnes russes, j’ai un plutôt bon coup de main pour dénicher les talents prometteurs…

- Ça, je te l’accorde ! Oh, Dick, juste un dernier truc. Tu disais qu’il utilisait quoi pour faire ses films, ton surdoué du scoop people ?

- Une Flip Camera, pourquoi ?

Maintenant ça me revient. Une Flip Camera dans un sac, c’est précisément ce que Larissa avait utilisé pour piéger St John. Or, j’y connais rien en caméras, mais j’ai l’impression que ce n’est plus du tout à la mode, ce genre de truc. Aujourd’hui, à L.A., tous les apprentis skaters utilisent des GoPro pour filmer leurs exploits, pas des Flip. Du coup, ça me semble extrêmement louche que ce gusse ait recours à une technique qui est trait pour trait la même que celle de Larissa. D’ailleurs, quand j’y repense, je ne sais pas quel homme se trimballe avec un sac. Pour moi, il y a 90% de chances que le contributeur-star de Dick soit en réalité une contributrice. Sur ce genre de choses, mon intuition ne me trompe jamais.

- Dick, tu es ric-rac pour ton rendez-vous à Charleston, ou bien ça peut attendre une heure et demie ?

- Il faudrait refaire le plan de vol, mais ça peut être jouable. Pourquoi cela ?

- Dans ce cas-là, ne bouge pas, je viens avec toi.

 

2 commentaires

Coco et Monster Trucks
Par Matsya



MarsNeedsAHome II, jour 4
Samedi, 11:31 pm

Traitez-moi de goudou si vous voulez. De saphiste, de brouteuse de gazon, allez-y, j’assume. En revanche, camionneuse, je refuse l’étiquette. Ma féminité, on n’y touche pas. Certaines jugeront que je reste esclave d’une image de la femme qui m’a été imposée par trente années de vie dans un monde dominé par les hétéros ; moi, je pense qu’elle fait partie de ma personnalité.

Hé bien pourtant, croyez-le ou non, mais camionneuse, c’est précisément ce que je suis en train de devenir. En effet, depuis que j’ai pris la responsabilité de préparer ce lancement de fusée, me voilà promue manageuse de l’une des plus impressionnantes écuries de Monster Trucks de tous les Etats-Unis.

Car sachez-le, chers lecteurs et chères lectrices, monter un décollage de fusée, c’est d’abord et avant tout acheminer quelque 3500 tonnes de matériel d’un point A à un point B. Et pour ça, il faut des camions. Par centaines. Des gros, gros camions, genre « convoi exceptionnel », vous voyez le style ? Ceux qui vous bouchent la moitié de la route et que vous mettez vingt minutes à dépasser. Tout en priant Jésus-Marie-Joseph pour que les énormes pièces qu’ils transportent soit assez solidement sanglées pour ne pas aplatir votre caisse.

Sur mon écran, j’ai la carte des Etats-Unis avec plein de petits points qui bougent de partout : ça, c’est ma flotte de camions. Le hic, c’est que j’en ai deux qui clignotent en rouge depuis cet après-midi, et qui, en ce qui me concerne, sont synonymes de « t’es pas près de revoir ta couette, ma cocotte ».

Le premier est dans l’Alabama, couché sur le bas-côté de l’Interstate avec un essieu cassé ; le second est sagement parqué devant un poste de police en attendant que son conducteur sorte de la cellule de dégrisement. Pour celui-là, l’affaire est en passe d’être résolue. Un nouveau chauffeur va arriver dans l’heure, apporter de l’aspirine à son petit collègue, lui signifier qu’il va devoir trouver autre chose pour payer ses traites que de conduire des camions, et reprendre le volant direction Cap Canaveral. Mais alors pour l’autre, mazette, je ne sais pas comment je vais m’en sortir. Heureusement, la came est intacte, et, tant que le chauffeur sera encore dans le coma, on restera à l’abri d’un éventuel procès (je sais, ce n’est pas notre faute, mais que voulez-vous, l’Amérique, c’est aussi ça). Le transporteur nous a trouvé un autre camion, mais ça fait la dix-neuvième entreprise que j’appelle, et pas une n’est fichue de nous dégoter sur place avant lundi une grue qui soit capable de remettre la cargaison sur la remorque.

Vous savez quoi ? C’est dans ces moments-là que ça devient vraiment dur. Bosser jour et nuit sur des trucs rébarbatifs et stressants, à la limite, tant que les choses vont de l’avant et que vous savez où vous allez, c’est piece of cake. Même moi, qui ai le temps d’attention d’un poisson rouge et à peu près autant d’affinités avec la logistique que Vin Diesel avec Mon Petit Poney, j’ai fini par y arriver. Oublier que j’ai peur et foncer, ça, je sais faire. En revanche, là où vous commencez à vous prendre un vieux coup au moral, c’est quand ça bloque. Le vrai test, il est là. Et je suis en plein dedans.

J’attends encore deux appels pour cette histoire de grue. Si je m’écoutais, je déplierais le lit de camp et je dormirais en les attendant, mais ça ne serait pas sage : si jamais ces deux contacts sont aussi pourris que les autres – et il y a 90% de chances pour que ce soit le cas -, ça me ramènera tout droit à la case départ. Or, vu le peu de temps que j’ai, je ne peux pas me le permettre. Il faut que je continue à chercher. Vu que les annuaires professionnels ne m’ont pas beaucoup aidée jusqu’à maintenant, ma prochaine étape va devoir être de me palucher un par un les résultats que voudra bien me cracher Google, avec leur cortège habituel de sites datant de 1996, de faux numéros et de boîtes qui ont fait faillite depuis trois ans. Bref, la joie. Je commence à détester cet endroit. Je ne sais pas comment a fait Larissa pour passer des mois dans ce trou à rats sans quasiment jamais voir le jour. Franchement, cette fille est surhumaine.

Assez rêvassé, on s’y met. Ouais, sauf que j’ai déjà pas dormi la nuit dernière, et quelque chose me dit que je ne suis pas couchée. Du coup, il va me falloir un truc plus fort que du café pour tenir le coup. Allez hop, un coup de fil à mon pote T. de Los Angeles, et le tour sera joué. Il appellera un pote dans le coin (il connaît tout le monde, et il se trouve qu’il me doit un service). Vingt minutes plus tard, ding-dong, j’aurai un gusse qui sonnera à ma porte pour me remettre un très mignon petit sachet rien que pour moi. De la top qualité, comme toujours.

Non, c’est débile. Je suis en bad, là. Faut pas que j’appelle. Ça, c’est trop l’ancienne Matsya, la délurée, la débauchée. J’ai grandi, depuis. J’ai plus besoin de ça. Ça m’a causé trop de tort à une époque, tous ces trucs. Wonderland, j’ai déjà donné, je laisse ça à d’autres.

Oh, et puis zut, j’en bave déjà assez avec ce lancement moisi. Bon sang, on est samedi soir, quand même ! Ce soir, Sam Ronson faisait un spécial pour son anniv au Chateau de Vegas (à ne pas confondre avec le Chateau Marmont à L.A.). Ça promettait d’être mémorable, il y avait plein de gens que j’adore qui faisaient le déplacement… et bien entendu j’ai dû décliner l’invitation à cause de ces fichues histoires de camions. Pourtant c’est bien là-bas qu’est ma place, avec mes potes. Pas dans un bureau sans fenêtre à San José, au milieu des boîtes à pizza et des odeurs de café froid. Alors je vais vous le dire tout de go : je sais que ce n’est pas bien, mais je n’ai aucunement l’intention de me refuser le seul petit plaisir qui soit à ma portée en cette soirée qui bat tous les records de glauquitude. On ne vit qu’une fois, pas vrai ? Tenez, rien qu’à penser à mon prochain petit rail, ça me donne envie de gniaker avec les dents (je sais que certains et certaines d’entre vous verront très précisément de quelle sensation je parle). Yummy ! Comme quoi, le bonheur, c’est pas si compliqué, pas vrai ?

Alors, je l’avais planqué sous quel pseudo, déjà, dans mon répertoire, mon ami T. ? Oh, j’ai reçu un SMS, dites donc. Je n’avais pas entendu le bip. Encore un numéro étrange.

Rush d’adrénaline : cinquante contre un que c’est Larissa.

(504)-733-9900. Hoist Supply, grutier Nouvelle Orléans. Tel perso d’Owen Wedgwood, le patron. Sois autoritaire. S’il refuse, menace-le d’en référer à qui de droit. C’est du bluff, mais si tu es convaincante, ça devrait passer. Je crois en toi.

« Je crois en toi ». Ça fait tellement de bien, de lire ça. Je ne sais pas où elle est. Pourquoi elle ne m’appelle pas, alors que j’aurais tant envie d’entendre sa voix, je ne sais pas non plus. Mais je sais qu’elle est avec moi à chaque instant. Mon thermomètre de confiance en moi remonte brusquement.

Tenez, finalement, je vais attendre encore un peu avant d’appeler mon ami T. J’ai trouvé un jeu encore plus rigolo : réveiller en pleine nuit ce cher Wedgwood et lui faire la misère. Il va falloir que je trouve un moyen crédible de lui faire croire que je peux faire fermer sa boîte dans la semaine s’il n’obtempère pas immédiatement. Pas facile, mais je le sens bien. En tout cas, voilà qui tombe à point nommé pour me défouler un peu après cette journée frustrante.

Car, chers amis, je viens de découvrir un grande vérité sur moi-même. En effet, il y a deux trucs qui me font encore plus plaisir que la coke : les compliments d’une personne que j’aime, et l’autorisation d’être une sale bitch tout en ayant parfaitement bonne conscience…

Bises.

M.

J'aime qu'on me laisse des commentaires !

Critique de livre : Les Enfants de Mars, de Gregory Benford
Par Matsya



Messages à tous les Mars-Geeks !

Pour ceux d’entre vous qui aiment lire de la science-fiction, j’ai testé pour vous Les Enfants de Mars de Gregory Benford (en photo ci-dessus), et j’ai adoré. Bouquin admirable, consacré n°1 dans la catégorie Mars-Fiction sur LE classement de référence : le mien. C’est une histoire de mission sur Mars, c’est hyper bien fait, y a du suspense, c’est hyper bien documenté… Pour les curieux, je vous invite à aller découvrir la critique que j’ai pondue sur le site Le Galion des Etoiles (et à mettre un bon gros ‘like’ si vous avez aimé). La voilà ici !

Des grosses bises, et bonne lecture…

Votre Matysa

 

 

 

3 commentaires

La reine de la ruche
Par Matsya



MarsNeedsAHome II, jour 1
Mercredi, 9:43 am

- Cette reprise des opérations est une excellente nouvelle, Milady. Je suis actuellement sur l’île de Vancouver avec ma famille, mais en m’y prenant dès maintenant pour réserver un billet d’avion je peux certainement être à San José d’ici demain soir.

- Inutile de vous donner cette peine, Ingénieur-chef Reinhardt : un hélicoptère passera vous chercher dans une heure et demie et vous amènera directement à l’aéroport de Seattle. Un billet a été réservé pour vous sur le vol Southwest de 13h05. De cette manière, vous pourrez assister à la réunion d’état-major qui se tiendra à San José à 17h. Pour faciliter la tâche à votre épouse, nous mettrons à sa disposition une babysitter, qui arrivera dans l’hélicoptère.

- Votre sollicitude est très appréciée, Milady, comme à l’accoutumée. Au plaisir de reparler avec vous cet après-midi !

- Plaisir partagé, Reinhardt. Faites bon voyage.

- Merci, Milady.

Non mais j’hallucine : ils m’appellent tous Milady !!! Mes amis, je crois que j’adooore mon nouveau job… Ca ne vaut peut-être pas celui d’aller sur Mars, mais tout de même, tous ces gens bardés de PhD qui me parlent comme si j’étais Dark Vador, il n’y a pas à dire, ça fait plaisir. J’ai l’impression de prendre ma revanche sur toutes ces années où les gens comme eux (à commencer par mon père) ne m’ont pas prise au sérieux.

C’est d’ailleurs assez impressionnant de voir à quel point Lady Barlow (alias Larissa) savait se faire respecter de ses troupes. Boucler un lancement en treize jours, je ne sais pas si vous vous en rendez bien compte vu de l’extérieur, mais c’est vraiment un truc de maboul. On prend de gros risques, et toute l’équipe est consciente qu’elle va devoir bosser jour et nuit jusqu’au décollage et même après. Jamais la NASA, par exemple, ne ferait un truc pareil : à eux, ça leur prendrait au moins deux ans. Hé bien là, sur les cinq ingénieurs-chefs que j’ai appelés ce matin, tous étaient 100% partants pour relever le défi, même s’ils sont parfaitement conscients des dangers. Les cinq seront présents à la réunion d’état-major cet après-midi, alors que j’ai commencé à les prévenir vers 8h du matin et qu’ils étaient éparpillés aux quatre coins des Etats-Unis. Si ça, ce n’est pas avoir du pouvoir, je ne sais pas ce que c’est.

Grâce au bluffant travail de Larissa, aujourd’hui, Mars | Semi | Direct ressemble à une belle ruche, active et hyper organisée. Chacun connaît exactement son rôle et se tient sur les starting blocks, prêt à réagir à la seconde près sur commande de sa reine. J’ai à ma disposition une véritable armée. Quelques dizaines de permanents seulement, mais derrière eux, des centaines de sous-contractants, et surtout, des volontaires. Un paquet de volontaires, plusieurs milliers, dont beaucoup se donnent à fond. Et puis des camions, par centaines. Des bateaux. Des avions. Des hélicos. Des grues. Des fenwicks. Tout ça, ce sont mes petites ouvrières. Elles obéissent au doigt et à l’oeil à leur reine bien-aimée. C’est-y pas le kif, ça ?

Mais il ne faut pas que je me chope la grosse tête, parce qu’en vérité, toute cette jolie mécanique est assez précaire. Pourquoi cela, me demanderez-vous ? Parce qu’elle repose sur la confiance et la bonne volonté. Vous objecterez que certaines personnes dans l’organigramme touchent pas mal de pépettes, et vous aurez raison. Même les volontaires, s’ils affichent une bonne assiduité, touchent, eux aussi, des bonus en bons cadeaux. Mais attention : croire que tous ces gens-là font ce qu’ils font pour l’argent, ce serait se tromper de bataille. Big time. Et ça vaut pour les gusses les mieux payés aussi bien que pour les bénévoles.

Prenez Reinhardt, par exemple. C’est un mec absolument brillant. Moustachu, certes, mais brillant. Sans ses connaissances en avionique et en systèmes de guidage, nos vaisseaux auraient à peu près autant de chances d’atterrir en un seul morceau qu’une taupe en deltaplane. Certes, vu qu’il a lâché un très gros poste chez Lockheed Martin pour rejoindre Mars | Semi | Direct, on n’allait bien évidemment pas lui filer le salaire d’un manutentionnaire. Mais globalement, sur le plan financier, il n’a vraiment pas fait l’affaire du siècle par rapport à ce qu’il touchait chez Lockheed. Et surtout, il a dû convaincre sa nana de quitter, elle aussi, un chouette job et une petite vie sympatoche dans le Maryland pour venir s’enterrer dans la Silicon Valley, où le moindre taudis coûte le prix d’un palais des Mille et Une Nuits, et où les gens passent le plus clair de leur temps dans les embouteillages. Franchement, on ne peut pas dire qu’il ait beaucoup gagné au change matériellement parlant, notre Reinhardt.

Ce qui fait marcher des gens comme lui, qui va les pousser à se battre et à mouiller le maillot sur le terrain, c’est pas le fric, c’est autre chose. C’est la fierté de travailler sur un projet qui va marquer son empreinte, c’est la satisfaction de voir qu’ensemble, on peut déplacer des montagnes. Du coup, enlevez la confiance et la bonne volonté, et badaboum, tout le château de cartes s’écroule.

Or, il y a un truc que je ne leur ai pas encore dit : le lancement ne pourra avoir lieu qu’à condition que fonctionne le plan de Dick pour convaincre St John de nous laisser utiliser le pas de tir n°40 à Cap Canaveral. Pas d’autorisation, pas de lancement… et tout ce beau monde aura bossé pour rien. Autant vous dire que si on annule tout au dernier moment, Lady Barlow ne bénéficiera certainement pas d’une oreille aussi attentive la prochaine fois qu’elle demandera à ses collaborateurs de la rejoindre toutes affaires cessantes pour effectuer un lancement à la dernière minute. Disons même plutôt que si Dick se plante, Lady Barlow est définitivement grillée.

Je ne sais pas si vous avez vu le même documentaire que moi, mais j’ai appris que parfois, lorsque l’apiculteur tente d’implanter dans une ruche une reine qui n’en est pas originaire, il arrivait aux abeilles de la rejeter et de l’éjecter manu militari. Si jamais le plan de Dick échoue, ou bien si moi-même je ne suis pas à la hauteur, il se pourrait bien que je subisse le même sort…

J'aime qu'on me laisse des commentaires !